Décisions partagées envers le glyphosate

Les Producteurs de grains dit prendre acte des déclarations de Santé Canada et de ses mises en garde

Le glyphosate continue de faire couler beaucoup d’encre. Si le produit pourra toujours être utilisé au Canada, à la suite d’une réévaluation faite par Santé Canada et dont les conclusions ont été livrées vendredi le 11 janvier, il sera interdit en France. Un tribunal français a annulé mardi l’autorisation de mise sur le marché du Roundup Pro 360. Le tribunal a estimé notamment que l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) avait «commis une erreur d’appréciation au regard du principe de précaution» en autorisant ce Roundup le 6 mars 2017.

Ici, les Producteurs de grains du Québec (PGQ) ont réagi à la nouvelle de Santé Canada par le biais de leur président, Christian Overbeek. Ce dernier a indiqué par communiqué que les PGQ “prennent acte de la décision de Santé Canada concernant l’utilisation du glyphosate, ainsi que de ses mises en garde”.  M.Overbeek a indiqué que les producteurs étaient engagés dans le développement d’une agriculture durable, selon des bases scientifiques, tout en prenant les précautions s’imposant. Le président a aussi appelé le nouveau gouvernement provincial à “appuyer par la mise en place d’incitatifs aux saines pratiques, de mesures d’accompagnement des producteurs et de compensations liés aux contraintes réglementaires qui s’accumulent”.

Santé Canada avait décidé de mener une nouvelle évaluation en 2017 à la suite de huit avis d’opposition. Des questions avaient aussi été soulevées à propos de la validité de certaines données scientifiques sur le glyphosate contenues dans ce qu’on appelle les « Monsanto Papers ».

Pour s’assurer de l’impartialité de l’évaluation des renseignements, Santé Canada a choisi un groupe de 20 de ses scientifiques qui n’avaient pas participé à la réévaluation de 2017. Ils ont examiné les renseignements fournis dans ces avis et évalué la validité des études en question afin de déterminer si les questions soulevées auraient une incidence sur les résultats de l’évaluation et les décisions réglementaires connexes. Santé Canada dit avoir consulté de nombreuses données provenant du gouvernement fédéral, des gouvernements provinciaux, d’organismes de réglementation étrangers, de rapports scientifiques publiés et de plusieurs fabricants de pesticides. Les études nommées « Monsanto Papers » ont aussi été analysées.

“Après un examen scientifique approfondi de l’ensemble des données pertinentes, nous avons conclu que les questions soulevées par les opposants ne pouvaient pas être prouvées scientifiquement. Leurs objections n’ont pas suscité de doute ni de question quant au fondement scientifique de la décision de réévaluation de 2017 concernant le glysophate. Le Ministère maintiendra donc sa décision”,  a indiqué l’organisme dans son communiqué.

Santé Canada dit demeurer à l’affût de nouveaux renseignements sur le glyphosate et prendra les mesures qui s’imposent si des risques pour la santé humaine ou pour l’environnement sont découverts.

En 2017, le réexamen du glyphosate avait donné lieu aux constats suivants :

  • Le glyphosate n’est pas génotoxique et il est peu probable qu’il présente un risque de cancer pour les humains.
  • L’exposition par le régime alimentaire (eau potable et aliments) associée à l’utilisation du glyphosate ne devrait pas présenter de risque pour la santé humaine.
  • Les risques professionnels et résidentiels associés à l’utilisation du glyphosate ne sont pas préoccupants, sous réserve que les modes d’emploi révisés figurant sur les étiquettes soient respectés.
  • L’évaluation environnementale a conclu que des zones tampons sont nécessaires pour atténuer les risques potentiels pour les espèces non ciblées (par exemple, végétation près des zones traitées, invertébrés aquatiques et poissons) dus à la dérive de pulvérisation.
  • Les produits contenant du glyphosate ne devraient pas poser de risques préoccupants pour l’environnement lorsqu’ils sont utilisés conformément au mode d’emploi proposé sur l’étiquette.
  • Toutes les utilisations homologuées du glyphosate ont une valeur pour lutter contre les mauvaises herbes dans l’agriculture et la gestion des terres non agricoles.

L’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire (ARLA) de Santé Canada avait donc décidé de maintenir l’homologation des produits contenant du glyphosate, à la condition que les étiquettes soient modifiées et mises à jour afin de protéger davantage la santé humaine et l’environnement.

Bayer, qui a fait l’acquisition de Monsanto a commenté la nouvelle. “Comme cela a été conclu par des centaines d’autorités réglementaires et scientifiques du monde entier, cet examen supplémentaire a réaffirmé que les herbicides à base de glyphosate sont sans danger lorsqu’ils sont utilisés conformément aux instructions et que le glyphosate n’est pas cancérogène”, a indiqué la filiale canadienne de Bayer.

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