Des fermiers veulent cesser de produire pendant un an pour faire monter les prix

Edmonton (Alberta) – Des centaines d’agriculteurs de l’Ouest songent à s’organiser pour prendre une année sabbatique, afin de faire monter les prix des céréales.

En ne cultivant pas leurs terres pendant un an, ils créeraient un manque de huit milliards de boisseaux sur le marché international des céréales. Cela, croient-ils, pourrait faire grimper le prix des denrées, en déclin depuis trois ans.

« On nous a persuadés que nous devions produire toujours plus, et c’est ce qui est en train de nous tuer. Nous produisons trop », explique Morris Freeston, un agriculteur de Saskatchewan gagné à l’idée. M. Freeston organise des réunions sur le projet d’année sabbatique dans sa province et en Alberta, et vise à faire signer 4000 à 5000 producteurs d’ici ce printemps.

Jusqu’à présent, environ 1200 fermiers de l’ouest du pays ont versé 250 $ chacun pour adhérer à l’organisation « Focus on Sabbatical ». Le groupe veut convaincre des dizaines de milliers de cultivateurs à travers l’Amérique du Nord de prendre un an de congé et de ne pas travailler la terre en 2002 ou en 2003.

Si les partisans du projet réussissent à convaincre suffisamment de fermiers d’interrompre leur production pendant un an, cela créera l’équivalent d’une sécheresse ou d’une très mauvaise récolte – des événements qui stimulent les prix mondiaux du blé, des oléagineux et des céréales fourragères, explique Ken Goudy, un vétéran de l’industrie des produits chimiques agricoles qui a eu l’idée de la sabbatique il y a un an.

« Les fermiers ont assuré au monde un surplus confortable et le marché fixe des prix qui équivalent à voler ces fermiers, dit-il. La solution de rechange du fermier consiste à éliminer ce surplus confortable. »

Si 150 000 agriculteurs sont prêts à adopter son plan, ils contribueraient de 35 à 70 $ pour chaque acre qu’ils possèdent. Cette cagnotte serait investie dans les marchés à terme, et permettrait de verser aux fermiers un salaire pour l’année pendant laquelle ils ne produiraient pas. S’ils manquaient à leur engagement et commençaient à produire, il leur en coûterait un montant significatif, explique M. Goudy.

Réduire la production n’est pas une idée entièrement nouvelle. Dans les années 1970, le gouvernement libéral fédéral avait créé un programme qui rémunérait les agriculteurs de l’Ouest pour ne pas faire pousser de blé.

Mais selon le professeur d’économie agricole Mel Lerohl, de l’Université de l’Alberta, Focus on Sabbatical ne constitue qu’une variation de plus de la stratégie consistant à créer une pénurie sur le marché, et cela le laisse sceptique. Les agriculteurs nord-américains ne parviendront pas à créer un cartel sur le modèle de l’OPEP avec une année sabbatique, affirme-t-il.

Il faudrait selon lui faire signer beaucoup plus que 150 000 fermiers nord-américains.

Depuis les années 1930, il y a eu de nombreuses ententes commerciales ayant comme objectif de réduire la production, mais on a toujours connu des problèmes à faire respecter ces ententes, souligne-t-il.

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