Des milliers de producteurs agricoles exaspérés rassemblés à Ottawa

Ottawa (Ontario), 14 mars 2001 – L’Union des producteurs agricoles (UPA) a participé à un vaste rassemblement d’agriculteurs et d’agricultrices du Québec et de l’Ontario, venus réclamer du gouvernement fédéral une aide supplémentaire de 500 millions de dollars pour résorber la crise qui sévit dans leur secteur.

À l’invitation de l’Ontario Federation of Agriculture (OFA), des producteurs et productrices agricoles de l’Ouest et du Centre du Québec, venus à bord d’autobus et de camionnettes, rejoignaient à Ottawa leurs confrères et consœurs ontariens pour dénoncer d’une même voix – et dans les deux langues – la faiblesse des mesures proposées par le gouvernement fédéral, après deux ans de discussions et de négociations.

La semaine dernière, à l’instar des ministres de l’Agriculture et des associations agricoles de tout le Canada, l’UPA avait déclaré insuffisante l’aide de 500 millions annoncée par le fédéral.

« Est-il possible qu’Ottawa ne saisisse pas encore l’urgence de la situation, pourtant évidente? », s’est interrogé le président général de l’UPA et premier vice-président de la Fédération canadienne de l’agriculture (FCA), M. Laurent Pellerin, en prenant la parole au parc Lansdown devant plusieurs milliers de producteurs et productrices.

Selon M. Pellerin, l’exaspération du monde agricole est pleinement justifiée, et ce, pour plusieurs raisons. « Les organisations agricoles, a-t-il rappelé, déplorent depuis plus de deux ans maintenant la crise de revenu qui accable le secteur, particulièrement la production céréalière. Comités et rencontres se sont succédé sans résultat. À l’instar des producteurs de l’Ouest, les Québécois sont durement touchés. »

Au Québec, en effet, la saison difficile qu’ont connue les producteurs de grandes cultures a détérioré une situation d’emblée inquiétante. D’importants apports monétaires seront sollicités pour maintenir les entreprises à flot; on estime les pertes en raison des mauvaises récoltes et de l’effondrement des prix à environ un demi milliard de dollars dans le seul secteur des céréales.

Dans le contexte actuel, il est impossible pour les producteurs agricoles de récupérer leur manque à gagner sur les marchés. En effet, la production de céréales demeure stable en Amérique du Nord malgré l’effondrement des prix, et ce, en raison des subventions record offertes par le gouvernement américain, soit plus de 20 milliards de dollars d’aide directe. En 2000, 46 % du revenu agricole net aux États-Unis provenaient des subventions gouvernementales.

« Pendant que nos compétiteurs augmentaient leur aide à l’agriculture, a souligné M. Pellerin, le soutien canadien au secteur agroalimentaire a été réduit de moitié au cours de la dernière décennie, passant de 5,1 milliards de dollars en 1991 à 2,6 milliards en 2001. » En dix ans, la part des dépenses en agriculture est passée de 3,6 % à 1,7 % du budget fédéral.

De tous les pays de l’OCDE, le Canada est l’un de ceux qui fournit le plus faible soutien à son agriculture, lequel est de 163 $ par habitant, alors qu’en Europe, il se chiffre à 336 $ et aux États-Unis à 350 $. « Déjà en période favorable, et ce, malgré leur excellente performance, a déclaré M. Pellerin, les agriculteurs canadiens ne peuvent assumer seuls la concurrence des gouvernements américain et européen qui subventionnent généreusement leurs producteurs agricoles. »

Cette année, la hausse des coûts de production, due principalement à l’augmentation du prix des carburants, est venue amplifier cette crise structurelle qui étouffait déjà l’agriculture. Le secteur agricole est vraiment frappé de plein fouet par l’augmentation des coûts du carburant. Les producteurs canadiens ont vu leur facture augmenter de 400 millions de dollars depuis 1998. De plus, la hausse du prix des carburants affecte les coûts de fabrication des engrais : ce sont 400 millions additionnels qui devront être défrayés par le secteur agricole canadien.

« Confrontées à une véritable flambée des coûts de production et à une diminution des prix obtenus sur le marché, les entreprises agricoles canadiennes enregistrent un manque à gagner dépassant largement le milliard de dollars, a expliqué M. Pellerin. L’offre de 500 millions d’Ottawa apparaît donc insuffisante aux yeux des producteurs, exaspérés de faire les frais de la guerre des subventions. »

« C’est inacceptable qu’en cette période de surplus budgétaire, a conclu le président général de l’UPA, le Canada refuse d’offrir une aide équitable à son agriculture et laisse la situation se dégrader. Ottawa semble oublier que le secteur agricole est à l’origine de 10 % du PIB national, crée environ 10 % des emplois au pays et offre aux Canadiens et Canadiennes le panier d’épicerie le moins cher au monde. Il est temps non seulement de résorber la crise, mais de mettre en place des mesures structurantes à long terme, basées sur les coûts de production réels. »

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Fédération Canadienne de l’agriculture

http://www.cfa-fca.ca/

Union des producteurs agricoles (UPA)

http://www.upa.qc.ca/

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