Des scientifiques défendent, non sans mal, l’agriculture transgénique

Séoul (Corée du Sud), 27 avril 2001 – La communauté scientifique internationale pense que la solution des problèmes d’alimentation dans le monde repose sur l’agriculture transgénique, mais elle a du mal à en convaincre le public.

Ce dilemme a donné lieu à d’âpres discussions à l’occasion du 11e Congrès des sciences et technologies de l’alimentation, qui s’est ouvert cette semaine à Séoul.

La plupart des scientifiques ayant fait le déplacement rêvent d’être en mesure de fournir des récoltes de produits génétiquement modifiés afin de nourrir le planète à un moindre coût pour les agriculteurs. Mais ils se heurtent à l’interrogation du grand public : est-ce que ces produits sont sans risque pour la santé ?

Les experts en biotechnologie, très conscients de cette question, ont expliqué lors de cette conférence qu’ils valaient mieux rassurer les sceptiques en faisant état de tests menés auparavant plutôt que d’affirmer sans preuve que les OGM étaient sans aucun danger.

Bruce Stillings de l’Institut américain des experts en biotechnologie de l’alimentation a souligné que le gouvernement américain appliquait des règles pour les OGM (organismes génétiquement modifiés) aussi rigoureuses que celles en vigueur pour les techniques traditionnelles. Selon ce chercheur, les OGM sont un « outil potentiel », voire une « panacée » pour résoudre les problèmes d’alimentation dans le monde, particulièrement en Afrique et en Asie. Les Etats-Unis sont le premier producteur d’OGM dans le monde, suivis par l’Argentine, le Canada et la Chine. Selon les experts présents lors de cette conférence, il existe désormais quelque 50 produits agricoles approuvés à la vente par les autorités américaines.

Les Etats-Unis ont approuvé pour la première fois la vente de tomates génétiquement modifiées en 1994 et depuis on compte notamment quelque dix variétés de maïs, huit de coton, six de tomates et trois de pommes de terre.

Mais les OGM ont aussi provoqué des manifestations, particulièrement en Europe, d’opposants à cette forme d’agriculture jugée dangereuse pour la santé et ouvrant la voie à la domination de quelques multinationales agroalimentaires. Les craintes du grand public sont la préoccupation numéro un des experts en biotechnologie qui travaillent sur les OGM, a reconnu à Séoul le professeur Chen Zhang de l’université de Pékin.

Bien que la plupart des Chinois ignorent ce que sont les OGM, ils n’en posent pas moins des questions sur leurs dangers potentiels. « Je leur réponds que c’est sûr à 98 ou 99%, mais ils disent alors que c’est insuffisant », a expliqué cet expert.

Rickey Yada de l’université de Guelph au Canada a estimé de son côté que la controverse sur les OGM s’étendait probablement au-delà de la science. « C’est comme un débat philosophique entre pro et anti OGM », a-t-il expliqué.

Les opposants aux OGM, qui ont encore manifesté la semaine dernière en France et aussi au Québec, estiment que les recherches génétiques aboutiront à la main-mise de quelques groupes sur le vivant. Ils sont notamment regroupés sous la bannière de Via Campesina, un réseau d’agriculteurs écologistes.

L’organisation écologiste Greenpeace a fait valoir, quant à elle, que le problème de la faim dans le monde était politique et non scientifique. Les partisans des OGM rétorquent que l’agriculture transgénique est tout simplement un progrès permettant le développement de plantes plus résistantes aux virus ou à la sécheresse.

Source : AFP

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