Des travailleurs migrants mexicains demandent d’adhérer au syndicat canadien TUAC Canada

Toronto (Ontario), 20 septembre 2006 – Grâce à une percée historique qui pourrait éventuellement avoir une incidence sur des milliers de travailleurs agricoles migrants revenant au Canada chaque saison, les travailleurs migrants mexicains à trois fermes au Québec et une ferme au Manitoba ont demandé d’être représentés par les TUAC Canada (connus sous le nom de UFCW Canada à l’extérieur du Québec).

Une fois que les requêtes en accréditation automatique auront été accordées pour les quatre établissements par les commissions des relations du travail du Québec et du Manitoba, les travailleurs mexicains aux quatre établissements seront pour la première fois en mesure de négocier leur salaire et conditions de travail qui, jusqu’à présent, ont été établies exclusivement par les gouvernements mexicain et canadien en vertu du Programme des travailleurs agricoles saisonniers (PTAS) du gouvernement fédéral.

« Ces hommes et femmes fournissent un service essentiel. Nous avons de quoi manger grâce à ces travailleurs », de dire Wayne Hanley, directeur national des TUAC Canada, « mais à quel coût pour eux? »

« Pendant des décennies, ils se sont déplacés entre le Mexique et le Canada pour venir occuper des emplois cycliques avec peu de soutien ou de protection de l’un ou l’autre des gouvernements, et avec la crainte de se voir aussitôt retourner au Mexique avant la fin de leur contrat, à leurs frais, s’ils osaient soulever des préoccupations au sujet de leur milieu de travail. »

« En choisissant de former un syndicat », estime Hanley, « ces travailleurs auront un mot à dire sur la façon dont ils sont traités et rémunérés, chose infaisable en vertu du PTAS. »

Chaque année, le Canada fait venir quelque 18 000 travailleurs et travailleuses du Mexique et des Caraïbes dans le cadre du PTAS. On leur verse généralement le salaire minimum et plusieurs d’entre eux sont soumis à des conditions de travail et d’hébergement que des résidents canadiens trouveraient intolérables. Affectés exclusivement à un seul établissement agricole pour une saison, les travailleurs, sont admis au pays avec un permis de travail temporaire qui exige le retour vers leur pays d’origine si leur employeur n’a plus de travail pour eux ou s’il les congédie.

Sans la protection d’une convention collective, les travailleurs ont historiquement hésité à rapporter des conditions de travail dangereuses ou un employeur hostile, craignant de se faire rapatrier ou se faire mettre sur la liste noire, ce qui les empêcherait de revenir la saison prochaine.

Le consulat mexicain au Canada prétend appuyer les travailleurs migrants ayant des griefs à l’égard de leur lieu de travail mais selon Hanley, « ces travailleurs nous ont dit à maintes reprises que le consulat n’est rien d’autre qu’un bureau de placement qui n’est pas intéressé à leurs problèmes. »

Afin de combler cette lacune, les TUAC Canada ont fourni depuis 2001, à leurs propres frais, des services directs et d’orientation aux travailleurs agricoles migrants en offrant des cours en matière de santé-sécurité et de français/anglais langue seconde, des services de traduction, de l’aide juridique (indemnisations d’accidents du travail, réclamations d’assurance, etc.), ainsi que des activités récréatives dans cinq centres de soutien pour travailleurs agricoles migrants situés en Ontario et au Québec.

À titre de soutien des travailleurs agricoles, les TUAC Canada ont aussi lancé une contestation judiciaire en 2003 contre le gouvernement ontarien de McGuinty pour avoir exclu les travailleurs agricoles de la Loi sur la santé et la sécurité au travail (LSST) de cette province. En juin 2005, le gouvernement est revenu sur sa décision et s’est engagé à élargir la portée de la réglementation de la LSST de sorte à inclure le secteur agricole en juin 2006. Subséquemment à cette victoire, des cours de formation sur la LSST et le Système d’information sur les matières dangereuses utilisées au travail (SIMDUT) ont maintenant été ajoutés aux services offerts par les TUAC Canada à leurs centres de soutien pour travailleurs agricoles.

Également sur le plan juridique, les TUAC Canada continuent d’autre part d’exercer des pressions auprès du gouvernement ontarien en vue de faire changer la loi provinciale qui empêche présentement les travailleurs agricoles d’exercer leur droit constitutionnel et démocratique de se syndiquer. « Le travail agricole en Ontario est aussi dangereux et exigeant qu’il l’est dans d’autres provinces canadiennes qui permettent à ces travailleurs de se syndiquer », explique Hanley.

« L’interdiction des syndicats agricoles en Ontario est un relent inconstitutionnel de l’époque Mike Harris. Le gouvernement actuel de McGuinty a malheureusement choisi de le prolonger, malgré le fait que les gouvernements voisins au Québec et au Manitoba ont reconnu le droit d’un travailleur d’adhérer à un syndicat enchâssé dans la Charte des droits et libertés. Ceci comprend les personnes travaillant dans des exploitations agricoles canadiennes peu importe d’où ils viennent, que ce soit du Canada, du Mexique, de la Jamaïque ou de tout autre pays participant au PTAS. »

Les requêtes des trois unités de travailleurs migrants mexicains désirant être représentés par les TUAC au Québec ont été déposées auprès de la Commission des relations du travail du Québec (CRTQ). La CRTQ a fixé une audience de détermination pour le 24 septembre. La requête des travailleurs migrants mexicains près de Portage la Prairie, au Manitoba, est présentement devant la Commission des relations de travail du Manitoba où les audiences de détermination débuteront probablement avant la fin d’octobre.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Travailleurs unis de l’alimentation et du commerce (TUAC)
http://www.tuac-canada.ca/fr/

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