Du tournesol au fumier, des fermes françaises cultivent d’autres énergies

Caussade (France), 15 décembre 2005 – De l’huile de tournesol dans le tracteur et le reste des graines, – les tourteaux-, pour nourrir les vaches, Nicolas Teyssedou ne perd rien. Dans sa petite exploitation familiale du Tarn-et-Garonne, il mise sur le bio et l’autonomie énergétique, comme ses amis de la Confédération paysanne en quête d’une agriculture plus économe.

Ce jeune agriculteur de 24 ans n’a que faire de produire des biocarburants pour concurrencer le pétrole. Pour lui, le tournesol est destiné à satisfaire ses propres besoins, un objectif énergétique qui n’est pas encore atteint avec seulement deux hectares cultivés sur les 30 hectares de son exploitation de Caussade.

« La seule voie pour une petite exploitation, c’est d’être autonome sur tous les points de vue. L’huile, ça fait partie de l’autonomie alimentaire et énergétique », lance Nicolas, qui veut être « plus indépendant des groupes industriels, et respectueux de l’environnement », l’agriculture représentant 20% des émissions de gaz à effet de serre.

L’augmentation du prix de l’essence le conforte dans ses choix. « Ca me revient à 0,30 euros le litre d’huile, c’est comme si c’était gratuit car je n’ai pas besoin d’acheter pour le bétail des tourteaux bio, qui sont très chers », fait-il valoir tandis que coule près de lui un filet d’huile marron et que les restes des graines sortent de la presse comme des steaks hachés.

Pour son voisin Fabien, l’un des cinq non-agriculteurs de leur association Olifère 82, fondée en 2001 pour produire de l’huile à moindre coût, le litre coûte 0,60 centimes, car il lui faut acheter les graines.

Même si le tournesol ou le soja venait à remplacer totalement le fuel, cette économie ne représenterait toutefois que 20% de la consommation en énergie d’une exploitation agricole. Car l’électricité (19%) et surtout les énergies indirectes dépensées pour la fabrication ou le transport d’engrais, d’aliments pour le bétail et de matériel agricole y occupent le poste le plus important.

« On a des améliorations à faire sur l’agriculture paysanne (30% des agriculteurs en Midi-Pyrénées), plus respectueuse de l’environnement et sociale que l’agriculture productiviste », déclare le porte-parole régional de la Confédération, Patrick Kirchner, citant les pistes retenues lors d’un colloque « Energies et agriculture paysanne » au début décembre en Haute-Garonne.

Pour les participants, l’élevage en plein air des bovins et non en stabulation permettrait de réduire de moitié la consommation d’énergie, la culture sans labour réduirait également les consommations.

En ce qui concerne les carburants, les huiles végétales brutes offriraient selon eux un bilan énergétique bien plus favorable que les bioéthanols ou biodiester.

Le colloque a aussi mis en avant les possiblités du bois, des énergies renouvelables (éoliennes, hydraulique, solaire) et de la méthanisation.

Dans les Hautes-Pyrénées, Pierre Lebbe est le deuxième agriculteur français a avoir adopté cette technique. Il produit du gaz grâce au fumier de ses 120 chèvres, qui lui permettront l’année prochaine de se chauffer. « J’avais un besoin de propreté sur la ferme », commente cet agriculteur de 49 ans, dont la fumière est quasiment autofinancée.

Nicolas Teyssedou, ne compte pas non plus attendre des aides extérieures pour réaliser ses projets. La presse à huile itinérante à peine amortie pour les 15 membres de l’association Olifère 82, il pense déjà à installer un chauffe-eau solaire et un groupe électrogène à l’huile.

Source : AFP

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