France : l’environnement, un des grands absents du débat électoral

Paris (France), 12 avril 2002 – L’environnement n’a toujours pas percé dans le débat électoral à une semaine du premier tour de l’élection présidentielle, et alors que Lionel Jospin s’apprête à délivrer son premier discours sur le sujet à Mulhouse.

« L’an dernier tout le monde pensait que l’environnement tiendrait une grande place dans la campagne, après le contre-coup des tempêtes, le débat sur les OGM, l’explosion de l’usine AZF de Toulouse. Il faut bien reconnaître que d’autres thèmes comme la sécurité ont pris le devant de la scène », constate Bettina Laville, conseillère pour l’environnement du candidat Jospin.

Parmi les raisons de ce relatif désintérêt pour l’environnement, le fait que « ce n’est pas un sujet qui différencie les candidats », relève Mme Laville. « Tous en parlent un peu ».

Autrefois cantonné aux candidats écologistes, l’environnement figure désormais dans tous les programmes en bonne place.

« Mais cela reste au niveau des généralités, il y a très peu de concret pour améliorer la qualité de l’air, de l’eau, au quotidien », déplore Bernard Rousseau, président de la fédération des associations françaises de protection de la nature, France Nature Environnement.

Même constat chez Greenpeace, qui moque les grands « concepts »: « l’écologie humaniste » de Jacques Chirac, la « priorité à l’environnement » de François Bayrou, ou « l’homme au coeur de l’environnement » de Jean-Pierre Chevènement, autant de « déclarations d’intention qui ne résistent pas à l’analyse de détail ».

Les associations écologistes -Greenpeace, le WWF, France Nature Environnement et le Comité 21- ont submergé les candidats de questionnaires pour leur faire préciser leurs envolées lyriques en faveur de l’environnement.

Premier constat: une belle unanimité sur des thèmes consensuels comme l’éducation à l’environnement ou l’inscription de l’environnement dans la constitution française.

Cette proposition chère au WWF a tenu une place centrale dans le discours sur l’environnement de Jacques Chirac, le 18 mars au Mont-Saint-Michel, qui a proposé une « charte » de l’environnement.

Lionel Jospin y souscrit également non sans remarquer que « les conséquences pratiques ne seraient pas nécessairement importantes » puisque les grandes conventions sur l’environnement s’appliquent en droit français.

C’est sur le nucléaire et sur l’agriculture qu’il faut chercher les différences entre les candidats Jospin et Chirac.

Le nucléaire est une pomme de discorde traditionnelle entre les Verts, qui réclament une sortie progressive de l’énergie nucléaire, et les socialistes. Lionel Jospin s’en est tenu pour l’instant à la promesse d’un « large débat avant fin 2002 », mais fera probablement des ouvertures sur le sujet avant le 2e tour.

Jacques Chirac défend la construction d’un prototype de réacteur nucléaire européen de type EPR, afin de garder toutes ses chances à la technologie française.

La pollution de l’eau, causée pour une bonne part par l’activité agricole, est « le risque le plus préoccupant en termes d’environnement » pour 40% des Français, selon un récent sondage.

Toujours à l’écoute des milieux agricoles, Jacques Chirac a annoncé qu’il présenterait une nouvelle loi sur l’eau s’il était élu, ce qui revient à enterrer la loi présentée par les socialistes en juin, qui instaure pour la première fois une taxe sur les excédents d’azote de l’agriculture.

Lionel Jospin défend la loi votée en première lecture, et propose que la France « joue un rôle moteur pour que la politique agricole commune soit réorientée » pour mieux tenir compte de l’environnement dès « la révision à mi-parcours » soit 2003.

Source : AFP

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Fonds mondial pour la nature (WWF)

http://www.wwfcanada.org/

Greenpeace Canada

http://www.greenpeacecanada.org/

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