France : «les agriculteurs européens ne seront pas les mineurs du 21e siècle»

France, 3 octobre 2002 – Bruxelles aurait commis une erreur en attendant plus longtemps pour proposer une réforme de la politique agricole commune. «On aurait alors couru le risque de radicaliser encore un peu plus les positions entre les pro-Pac et les anti-Pac», a déclaré lors d’un colloque organisé par «The Economist» à Paris, Pascal Lamy, négociateur de l’Union Européenne devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Il ne s’agit «pas d’une révolution» mais de la poursuite d’un processus engagé il y a dix ans maintenant pour préserver le modèle européen, qu’il n’est «pas question de laisser à la seule grâce du capitalisme. L’agriculture n’est pas le charbon et les agriculteurs ne seront pas les mineurs du 21ème siècle». Cela étant, Pascal Lamy s’est plus employé à recenser les difficultés que pose le changement de politique agricole, qu’il n’a répondu aux inquiétudes.

Quatre problèmes à régler

Le premier problème à régler est celui de la volatilité des prix, la question étant de savoir comment soutenir les revenus sans inciter artificiellement la production. Une des solutions est de découpler le soutien au revenu de la quantité produite. Le risque, reconnait Pascal Lamy est de couper le lien entre le revenu et le travail et d’amener le producteur à en oublier la demande des consommateurs. Deuxième difficulté : comment passer d’une situation, où l’agriculteur est payé pour ce qu’il produit à une situation, où il est rémunéré pour tout ce qu’il fait (y compris les services d’entretien des paysages etc …). Troisième problème et c’est «le principal» à régler : où placer le curseur des instruments de régulation pour que l’agriculteur trouve une réelle incitation ? Quatrième difficulté : comment tenir compte des différences de productivité d’un pays membre à l’autre ? Ce sont ces questions, qui sont à l’origine du projet de révision de mi-parcours proposé par la Commission, source de divisions profondes entre les Quinze pays membres.

Une politique abandonnée par les AméricainsL’Union européenne ne s’est-elle pas ainsi engagée sur une voie que les Etats-Unis ont abandonnée ? Si c’est le cas, «la Commission s’emploiera à ramener Washington aux disciplines» auxquelles ils se sont engagés à Marrakech et à Doha. Et quoi qu’il en soit «à la date d’aujourd’hui, les soutiens américains sont toujours dans les clous» imposés par l’OMC. Pour ce qui est de la compatibilité de leur nouvelle loi agricole (assortie d’une hausse de 70% des aides directes sur dix ans) avec les contraintes des accords internationaux, «tout dépendra de sa mise en œuvre, de l’évolution des prix internationaux, des aléas climatiques …»

Source : Les Échos

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