France : Les anti-OGM se heurtent aux forces de l’ordre

Paris (France), 1 septembre 2001 – Les forces de l’ordre sont intervenues samedi matin en Gironde et dans la Vienne pour empêcher, pour la première fois, deux opérations d’arrachage de parcelles de maïs transgénique.

Ces deux actions commando devaient s’inscrire dans la campagne menée par la Confédération paysanne contre les organismes génétiquement modifiés (OGM), qui agite le débat public cet été sur fond de polémiques quant à l’attitude des pouvoirs publics.

Certaines voix se sont en effet élevées contre la passivité des forces de l’ordre, assistant parfois sans réaction à ces manifestations.

Au début de la semaine, la firme agroalimentaire Monsanto, visée par une action similaire dans le Gers, avait ainsi demandé aux pouvoirs publics qu’ils mettent un terme à des pratiques « qui relèvent d’actes de provocation et de délinquance ».

Samedi matin, l’appel a semble-t-il été entendu.

A Sigalens, en Gironde, une centaine d’adversaires de l’agriculture transgénique ont été empêchés par les gendarmes mobiles de détruire une parcelle expérimentale de maïs transgénique appartenant à la société Biogemma.

La centaine de militants de la Confédération paysanne, des Verts, de l’association Attac et de diverses organisations qui s’étaient donnés rendez-vous en début de matinée ont trouvé à Sigalens un cordon de 100 à 150 gendarmes mobiles casqués et munis de matraques et de boucliers.

Le secrétaire général de la préfecture de la Gironde, Albert Dupuy, a prévenu les manifestants que toute action de destruction de la parcelle de 2 à 300 hectares était interdite et qu’une réunion sur les OGM était proposée par le préfet de région dans les jours à venir.

« Il n’est pas question d’aller à l’affrontement. Si nous ne pouvons pas agir aujourd’hui, nous reviendrons un autre jour de toute façon », a assuré un des organisateurs.

Même scénario à Saint-Martin-La-Rivière, un village de la Vienne, où la centaine de militants anti-OGM réunis à l’appel de la Confédération paysanne, d’Attac et des Verts ont été précédés par 150 à 200 gendarmes mobiles.

Les deux escadrons se sont déployés pour protéger les deux parcelles visées, de 3.000 m2 chacune et distantes d’un kilomètre l’une de l’autre, où la firme agroalimentaire Monsanto mène des essais de maïs transgénique.

« Ni imprudence, ni obscurantisme »

Avant de se disperser, les militants anti-OGM ont annoncé qu’ils allaient réfléchir à de « nouveaux modes d’actions » susceptibles de surprendre les forces de l’ordre « qui ne pourront pas être présentes partout et tout le temps ».

Pour René Louail, un des porte-parole de la Confédération paysanne, « l’intervention des forces de l’ordre est un fait nouveau ». « On sait maintenant de quel côté se trouve l’Etat qui n’applique pas le principe de précaution pour les OGM, la démonstration est faite que le gouvernement a choisi le passage en force au mépris de la sécurité des consommateurs, ce qui est scandaleux », a-t-il dit à Saint-Martin-La-Rivière.

« La décision de faire intervenir la force publique a enfin été prise et nous espérons qu’elle dissuadera toute velléité d’action de la part d’une poignée d’opposants extrémistes », ont commenté pour leur part les semenciers français, qui demandent dans un communiqué que « les poursuites judiciaires qui s’imposent » soient engagées.

Les adversaires des OGM ont multiplié depuis le début de l’été les opérations commando contre des parcelles de plants génétiquement modifiés dans le Gard, la Drôme ou encore le Gers.

Ces actions font suite à la mise en demeure adressée par la Confédération paysanne au gouvernement français de stopper avant le 12 août les essais de maïs transgénique, menés dans quarante départements.

Le syndicat de José Bové conteste tout distinguo entre « bons et mauvais OGM » et dénonce les risques de contamination de parcelles voisines par les essais transgéniques.

Le mouvement d’arrachage sauvage, soutenu par les Verts — Dominique Voynet dit « comprendre » les anti-OGM, Noël Mamère leur a apporté son soutien -, a été condamné par le gouvernement.

Lors de sa rentrée politique, mardi soir sur TF1, Lionel Jospin a demandé l’arrêt de ces opérations « illégales ».

Mais le Premier ministre, qui ne veut sur ce sujet « ni imprudence, ni obscurantisme », s’est dit dans le même temps « ouvert à un débat entre les scientifiques et les différents acteurs sur l’intérêt ou les dangers de la recherche dans ce domaine ».

Source : Reuters

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