France : les Jeunes agriculteurs plaident pour un retour en arrière

France, 12 juin 2001 – Une immense majorité des paysans dans le monde sont en très grande difficulté, l’Europe désarme inexorablement son système de protection, alors que les Etats-Unis accroissent les aides aux agriculteurs. Le CNJA (Centre national des jeunes agriculteurs) dit « stop » et va proposer un retour en arrière à ses militants réunis pour leur 35ème congrès national à Annecy-Le-Vieux, du 12 au 14 juin.

Après avoir tenté pendant près de dix ans d’adapter leurs revendications au contexte créé par les réformes successives de la politique agricole commune,les Jeunes agriculteurs jettent l’éponge et se tournent vers le passé, brandissant le traité de Rome fondateur de l’Europe verte comme la référence, à proposer au monde entier. Ses fondements, qui reposent pour l’essentiel sur des prix rémunérateurs garantis et la protection des frontières, sont seuls capables d’assurer la prospérité des agriculteurs, affirme le CNJA. La place de premier exportateur mondial de produits alimentaires de l’Union européenne est là pour en témoigner. En revanche les orientations prises par Bruxelles depuis dix ans, en 1992 avec une première baisse des prix agricoles, puis en 2000 avec les Accords de Berlin, avec une nouvelle baisse des prix, conduisent les paysans tout droit à leur perte. Leur nombre ne cesse de diminuer : la moitié des agriculteurs français ont disparu en vingt ans, selon le dernier recensement. Le revenu agricole est désormais pour l’essentiel constitué d’aides publiques (65% en moyenne, 100% dans nombre de cas), la jachère s’est considérablement développée et les Etats-Unis, premier concurrent de l’Europe, grignotent ses parts de marché, quand ils ne l’ ont pas très largement distancée.

Plus grave encore aux yeux des dirigeants du CNJA, l’écart entre le Nord et le Sud de la planète n’a cessé de se creuser. L’écart de productivité va de 10 000 quintaux par actif en France à 10 quintaux par actif pour 1 milliard de paysans d’Asie, d’Afrique et d’Amérique du sud. Toute la logique qui a prévalu dans les négociations internationales de baisser les prix pour réduire les coûts budgétaires et donner leur chance aux pays pauvres de se développer a échoué. 800 millions de personnes souffrent de la faim dans le monde, dont 80% sont des paysans, selon la FAO.

Quitte à labourer sur les terres de la Confédération paysanne, et à renier quelques credos passés, le CNJA, aujourd’hui confronté à un effondrement de l’installation des jeunes agriculteurs (6000 l’an passé alors que l’objectif fixé en 1995 était de 12 000) s’insurge contre la dictature du commerce mondial et la course aux prix les plus bas. « On ne va tout de même pas détruire la politique laitière européenne sous prétexte qu’on exporte 8% de la production », proteste Jean-Luc Duval, président du syndicalisme jeune.

Il ne voit qu’un remède au mal : la sauvegarde de la PAC et l’application de ses principes aux grands ensembles régionaux dans le monde. C’est la seule façon pour les PVD de développer leur agriculture et de devenir des clients. Et la compétitivité dans tout cela ? Elle ne doit pas se penser en termes de matières premières comme les céréales, dont seulement 1/6 de la production mondiale font l’objet d’échanges internationaux.

Un modèle reste à imaginer qui privilégie les productions à forte plus value. Autant d’arguments, qui promettent quelques empoignades au congrès du CNJA entre les jeunes libéraux et une nouvelle génération d’agriculteurs.

Source : Les Échos

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO)

http://www.fao.org

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