Greenspan plaide pour le libre échange

Washington (États-Unis), 4 avril 2001 – Le président de la Fed, Alan Greenspan, a prononcé au Sénat un vibrant plaidoyer sur un sujet qui lui est cher, le libre échange, tout en restant muet sur l’évolution prochaine de la politique monétaire.

S’adressant à la commission des finances, Greenspan a réitéré sa conviction que le libre-échange des biens et des marchandises contribue à élever le niveau de vie des populations alors qu’au contraire le protectionnisme, au nom de la sauvegarde de l’emploi, est une attitude défaitiste qui engendre des effets contraires à son but d’origine.

« A terme, le progrès économique se fonde sans l’ombre d’un doute sur la concurrence. Le protectionnisme se fonde sur la notion fausse que freiner les échanges peut sauver des emplois à long terme. Ce serait une tragédie que d’arrêter la roue du progrès sous prétexte qu’on ne réussit pas aider les victimes du progrès », a dit Greenspan.

« Il est devenu de plus en plus évident qu’ouvrir le commerce à la concurrence internationale a fortement contribué à la croissance économique et à l’élévation du niveau de vie là où cela s’est fait », a-t-il ajouté.

« Le combat pour développer le libre-échange est sans fin. Il est pour moi évident qu’à mesure que l’économie ralentit, il faut accentuer nos efforts pour développer le libre-échange. Aller dans le sens du protectionnisme, susciterait de graves problèmes dans l’économie américaine », a-t-il ajouté.

Le protectionnisme ne se résume pas aux seuls tarifs douaniers. « Bien que les tarifs aient fortement baissé depuis 50 ans dans les pays industriels, d’autres barrières sont apparues », a poursuivi Greenspan, citant notamment les mesures antidumping, les représailles commerciales, les taxes censées réagir à des subventions.

« Ces formes de protectionnisme ont souvent été imposées au nom du respect de la morale du commerce, alors qu’elles n’étaient souvent qu’un frein dissimulé pour la concurrence », a dit Greenspan.

Il n’a pas cité de cas particulier mais, lundi, les grandes compagnies forestières américaines ont demandé à Washington d’imposer une taxe spéciale sur les importations de bois d’oeuvre du Canada.

Il arrive souvent que d’autres pays avancent diverses raisons pour justifier le maintien de barrières commerciales « et certaines de ces raisons sont particulièrement bizarres », a ajouté Greenspan en abordant les difficultés de l’agriculture américaine.

Greenspan a mis les hommes politiques en garde contre la tentation de lier le libre-échange et les créations d’emplois. « Il est regrettable que la politique commerciale ait été liée d’aussi près aux créations d’emplois. Il est difficile de produire la preuve que le commerce ait affecté le niveau de l’emploi dans notre pays à long terme », a-t-il dit, notant que le taux de chômage a baissé à un niveau record tandis que le déficit commercial américain a grimpé à un niveau record.

Pour le président de la Fed, le libre-échange stimule la concurrence et la productivité, et c’est cela qui crée des emplois.

Faisant allusion aux mesures prises ces dernières années pour soutenir la sidérurgie américaine, Greenspan a ajouté : « Cette tendance protectionniste à freiner le flux concurrentiel des capitaux, qui vont vers les technologies les plus productives, est erronée et indéniablement défaitiste ».

Le gouvernement Bush a affirmé sa volonté de soutenir la sidérurgie américaine et lancé une enquête qui pourrait se solder par des sanctions commerciales sur une vaste gamme de produits importés.

Evoquant la situation économique du Japon, le président de la Fed a déclaré : « Il est évident que la deuxième puissance économique mondiale ne saurait stagner sans que cela ait un impact sur le reste du monde. Cette situation a nettement réduit l’activité économique dans le monde ».

Les Etats-Unis, a poursuivi Greenspan, ne doivent pas renoncer à leur leadership dans la promotion du commerce mondial. « Si nous renoncions à ce rôle, cela créerait une vide dans la direction du commerce international et, c’est évident, si on n’avance pas, on recule, ce qui serait extrêmement malheureux », a-t-il dit.

Source : Reuters

Commentaires