Grève illégale des vétérinaires : une injonction s’impose

Longueuil (Québec), 20 décembre 2001 – L’arrêt de travail des vétérinaires de l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) chargés de l’inspection de la viande dans les abattoirs du Québec fait craindre le pire pour les approvisionnements en viande, l’industrie de l’abattage et le secteur des élevages, tant et si bien que l’Union des producteurs agricoles (UPA) et de nombreux partenaires concernés ont déposé une demande d’injonction auprès de la Cour fédérale.

« La situation engendrée par l’arrêt de travail de lundi était carrément invivable. Pourtant, la température était clémente, sinon les arrivages d’ovins, de porcs, de volailles et d’agneaux auraient été littéralement décimés, sans compter que l’approvisionnement des marchés à la veille des fêtes aurait été encore plus bouleversé .», a commenté le président de l’UPA, M. Laurent Pellerin, faisant un premier bilan à la suite de la grève inopinée déclenchée lundi par les vétérinaires de l’ACIA.

Ces derniers, en renégociation de convention collective, sont notamment chargés de l’inspection des viandes avant et après l’abattage. Lundi, sans avertissement, la quasi-totalité de ceux qui sont affectés aux abattoirs québécois ne se sont pas présentés au travail, prétextant la maladie. Du coup, les abattoirs ont été paralysés, les animaux coincés dans les camions, sans eau et sans ventilation, soumis au stress, et des centaines de travailleurs ont été retournés à la maison faute de travail.

Pour l’heure, il est encore trop tôt pour évaluer l’étendue exacte et définitive des pertes. Non seulement y aura-t-il des animaux morts dans les camions, victimes entre autres d’engelures et de déshydratation, mais aussi des pertes relatives à la réduction du poids des carcasses, au rejet possible de plusieurs d’entre elles ou leur classement dans des catégories de qualité inférieure. Il s’abat, rappelons-le, quelque 575 000 poulets par jour au Québec (une valeur de 1,5 M $), environ 30 000 porcs (une valeur de 4 M $), près de 1 700 bovins (une valeur de 1,2 M $) et 800 agneaux (une valeur de 85 000 $).

À ces pertes, il faut aussi ajouter les perturbations dans les calendriers de livraison et d’abattage pour les semaines à venir qui résulteront directement ou indirectement du fait que les animaux n’auront pas été abattus selon les horaires prévus. Ces perturbations auront un impact direct sur l’approvisionnement des divers marchés locaux et d’exportation, ce qui pourrait avoir des conséquences importantes sur les divers marchés desservis, soit en pertes d’approvisionnement ou de marchés.

Le président de l’UPA, à l’instar des représentants des nombreuses fédérations affiliées, s’est interrogé sérieusement sur le professionnalisme des vétérinaires de l’ACIA, soulignant qu’en agissant de la sorte, ils ont fait preuve d’un manque d’éthique relativement au bien-être des animaux. De plus, il souligne qu’ils ont choisi un bien mauvais moment, à l’approche des fêtes, pour déclencher leurs moyens de pression, alors que la consommation de produits alimentaires atteint des sommets, notamment en ce qui concerne des viandes comme le dindon et l’agneau. Il s’interroge aussi sur le fait que l’ACIA, en négociation depuis 15 mois avec ses employés, n’ait pas su parer le coup.

Un autre épisode de grève impromptue, qui pèse non seulement au Québec mais aussi sur plusieurs provinces canadiennes, aurait des conséquences désastreuses, notamment pour les industries du porc, de la volaille, du bovin et de l’agneau, et causerait un préjudice irréparable aux producteurs, aux abattoirs, aux transformateurs et aux consommateurs du Québec, des conséquences qui sont admises par le syndicat des vétérinaires, l’Institut professionnel de la fonction publique du Canada.

Dans de telles conditions et vu la menace de grève bien réelle qui continue de planer, l’UPA et ses partenaires ont estimé que le recours en injonction était, dans les circonstances, la solution la plus appropriée pour faire respecter les dispositions d’une loi d’intérêt public afin d’éviter un préjudice sérieux et irréparable qui risque également de porter atteinte au bien-être de la société en général. M. Pellerin dit souhaiter ardemment toutefois que les parties agissent de façon responsable et en arrivent à une solution négociée dans le meilleur intérêt commun.

Sont solidaires de la demande d’injonction, outre l’UPA, la Fédération des producteurs de porcs du Québec, la Fédération des producteurs de bovins du Québec, la Fédération des producteurs de volailles du Québec, la Fédération des producteurs d’agneaux et moutons du Québec et une demi-douzaine d’entreprises morales engagées dans l’abattage et la transformation de la viande au Québec.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA)

http://www.cfia-acia.agr.ca/

Fédération des producteurs de bovins du Québec (FPBQ)

http://www.bovin.qc.ca/

Fédération des producteurs de volailles du Québec

http://www.volaillesduquebec.qc.ca/

Le Porc du Québec

http://www.leporcduquebec.qc.ca/

Union des producteurs agricoles (UPA)

http://www.upa.qc.ca/

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