La hausse du prix des terres se poursuit au Québec

Financement agricole Canada (FAC) a dévoilé la variation de la valeur des terres au pays pour l’année 2019. Après plusieurs années de hausse, la tendance à un ralentissement des augmentations se dessine. La hausse de 5,2% notée en 2019 est la plus faible en dix ans, à égalité avec 2010. Cette croissance fait suite à des augmentations de la valeur moyenne de 6,6 % en 2018 et de 8,4 % en 2017. Les records de hausse ont été enregistrés en 2012 et en 2013, avec des sommets de 19,5 % et de 22,1 %, respectivement. Un renversement de situation serait en fait visible depuis 2015.

Au Québec, la valeur moyenne des terres agricoles se situe au dessus de la normale nationale à 6,4 % en 2019. Les hausses des deux dernières années se situaient aux alentours de 8 %. La valeur des terres agricoles est en hausse constante au Québec depuis 1986.

Source: FAC

Les plus fortes hausses au pays ont été observées à Île-du-Prince-Édouard (22,6 %), et le Nouveau-Brunswick, dont la hausse moyenne s’élève à 17,2 %. En Ontario, la hausse se situe à 6,7% tandis qu’elle était de 6,2% pour la Colombie-Britannique. Le Manitoba, l’Alberta et la Nouvelle-Écosse ont enregistré des hausses moyennes inférieures à la moyenne nationale avec des augmentations respectives de 4 %, de 3,3 % et de 1,2 %. Les données n’étaient pas suffisantes pour Terre-Neuve-et-Labrador.

La demande pour les terres s’est fait sentir dans les régions où les valeurs des terres agricoles étaient plus basses. La plus forte hausse de la valeur moyenne des terres agricoles a été observée dans la région de l’Estrie, qui a connu une hausse de 16,2 %, suivie de la région de l’Outaouais, avec une augmentation de 13,8 %. La région du Bas-Saint-Laurent-Gaspésie a enregistré une hausse moyenne de 12,4 %, la région de Mauricie-Portneuf, une hausse de 11,6 % et celle du Centre-du-Québec, une hausse de 9 %. En contrepartie, la progression a été moindre dans les régions où la valeur moyenne était la plus forte.

La superficie des terres achetées au Québec varie beaucoup mais selon les données de FAC sur les transactions, elles étaient évaluées à environ 50-60 acres (20-25 hectares) en moyenne. De plus, la superficie de terres vendues chaque année demeure relativement constante, avec quelques variations par régions.

Source: FAC

Les principaux acheteurs demeurent les producteurs de grandes cultures ainsi que les producteurs des secteurs soumis à la gestion de l’offre. Bien qu’il soit difficile d’évaluer le phénomène en raison du manque donnée, les achats par des investisseurs seraient “très infimes” à environ 1%. Ces derniers peuvent toutefois avoir un impact sur les prix. Le vieillissement de la population est aussi compensé par le fait que les achats l’ont été fait dans un contexte de consolidation pour la relève. Le secteur agricole est également vigoureux au Québec. “Il y a plus d’entreprises qui entrent dans le secteur qu’il en sort”, explique Jean-Philippe Gervais, économiste en chef à FAC.

Les conditions difficiles de culture ne semblent pas eu avoir d’effet sur le marché, note FAC. Le phénomène s’explique en partie par le fait qu’une proportion de 40% de l’agriculture québécoise soit sous gestion de l’offre, ce qui sécurise les revenus. La baisse des revenus agricoles par rapport aux prix des terres pourraient toutefois jouer dans les perspectives de croissance, selon M.Gervais

Tout dépendra de la variation des biens agricoles, surtout dans le secteur végétal, dans les prochains mois. Il est assuré, note-t-il, que le secteur sera soumis à une très grande volatilité en raison de la COVID-19. Les prix du maïs sont déjà mis à rude épreuve à la suite de la baisse de la production d’éthanol, elle-même causé par la chute des prix du pétrole.

Est-ce à dire qu’il faudrait délaisser l’achat de terres en 2020 en raison de l’incertitude? Pour M.Gervais, il s’agit surtout de vérifier si l’achat se fait en fonction du plan stratégique de l’entreprise, par exemple un transfert effectué sur cinq à six ans. Il ne faut surestimer les synergies amenées par un nombre plus importants de terres par l’exploitant. “Souvent, on surestime les gains en efficacité. Il faut vérifier le retour sur l’investissement, le bilan financier et la capacité à absorber la transaction et la dette versus les actifs. Il faudrait selon l’économiste maximiser les marges de manœuvre pour être capable d’absorber les événements négatifs qui pourraient se produire. Il faut avoir une gestion de risque blindée.”

 

 

 

 

 

 

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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