Implanter ou non une prairie à la fin de l’été?

experts_fourragers_Véronique Guillemette

Implanter une prairie, que ça soit au printemps ou à la fin de l’été, c’est avant tout une question de planification.

Selon les régions du Québec, la possibilité d’implanter ou non une prairie sera variable. Par exemple, vos chances sont beaucoup plus grandes si vous êtes situés dans la région de la Montérégie que si vous vous trouvez en Gaspésie. Tout est une question d’unités thermiques.

Si vous possédez suffisamment d’unités thermiques, les dates buttoirs de semis se situent entre les 10 et 20 août. Pour les régions plus chaudes, comme près des lignes ontariennes, il est même possible de semer jusqu’à la fin août. Cependant, la réussite est plus risquée.

Les dates de semis sont vraiment importantes. Si elles sont trop tôt en été, la chaleur et la sécheresse peuvent venir retarder la germination et le développement des plantules.

En contrepartie, si le semis est réalisé trop tard, on augmente le risque de gelée meurtrière; les racines ne pourront pas accumuler suffisamment d’énergie pour passer l’hiver. Par ailleurs, la luzerne a besoin, de façon générale, de 6 semaines de croissance, après la germination, pour résister à l’hiver.

Le semis de fin d’été permet de surmonter une grande difficulté, soit la compétition avec les mauvaises herbes. Les graminées et les plantes à feuilles larges poussent moins durant cette période.

Cependant, il se peut que vous fassiez face à d’autres obstacles; les céréales spontanées et/ou à des limites physico-chimiques du sol.

De façon générale, une prairie va s’implanter à la suite de la récolte d’une céréale puisque cette dernière sera récoltée tôt en août. Les céréales spontanées, issus du battage, peuvent être denses et concurrentielles. Pour augmenter vos chances de réussite, vous pouvez retourner la terre après la récolte pour y enfouir les graines, ou encore travailler le sol légèrement pour stimuler la germination.

Du coté des limites physico-chimiques du sol, je vous dirais que le 1er aspect, très important, est celui du pH du sol. Est-ce que le pH de votre sol est près de la neutralité? On le sait, les légumineuses préfèrent et de loin un pH près de 7.

Le 2ème aspect est celui du drainage de surface et souterrain. Est-ce que votre sol est bien aéré? Est-ce qu’il permettra une bonne implantation des plantules? Est-ce que les vers de terre sont capables de faire leur merveilleux travail? Si vous avez répondu négativement à l’une des questions, je vous conseille de réalise run profil de sol, à l’aide d’un professionnel.

Le 3ème aspect est la préparation du lit se semence. Le contact entre les semences et la terre est primordial. Selon votre type de sol, il est conseillé de mettre les semences à ¼ à ½ pouces dans le sol.

Le 4ème aspect est celui de la calibration du semoir. Les semences, tout dépendant d’un semis pur ou en mélange, ont différentes grosseurs. Si vous voulez avoir un semis égale, la calibration est un critère incontournable. Une fois que votre semoir sera bien calibré et que vous serez au champ, je vous recommande fortement, une fois le semis débuté, de descendre du tracteur, pour aller voir votre œuvre. Rien de mieux qu’un petit ajustement, dès le début pour une prairie qui vous durera 3-4 ans, voir peut-être plus.

Le 5ème aspect est le taux de semis. Un taux de semis adéquat produira une belle densité de plantes fourragères. Si la densité est bonne, la neige sera trappée et elle protégera vos fourragères pour la saison prochaine.

Le 6ème aspect repose sur la fertilisation. Est-ce que la fertilisation permet, vivement et adéquatement, l’implantation des racines? Est-ce qu’elle permet aussi une émergence rapide? Une très bonne implantation des racines et une émergence rapide augmentera la survie à l’hiver.

En somme, l’implantation de plantes fourragère ou de toute autre plante demande une planification. Êtes-vous prêts?

*Texte de Véronique Guillemette, en collaboration avec le Conseil québécois des plantes fourragères.

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