José Bové menacé de huit mois de prison ferme

Montpellier (France), 23 novembre 2001 – Huit mois de prison ferme ont été requis vendredi en appel à Montpellier contre le leader de la Confédération paysanne José Bové, jugé avec deux autres militants pour la destruction de plants de riz transgénique en 1999.

Le jugement a été mis en délibéré au 20 décembre par le président de la cour d’appel, Patrick Brossier.

José Bové et ses deux coprévenus, René Riesel et Dominique Soullier, comparaissaient depuis jeudi après-midi devant la cour d’appel de Montpellier pour avoir saccagé le 5 juin 1999 des plants de riz transgénique dans les laboratoires montpelliérains du Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement).

Contre René Riesel, qui s’était désolidarisé la veille des méthodes « à grand spectacle » de José Bové, l’avocat général Michel Legrand a requis six mois de prison ferme. Il a demandé une peine « plus atténuée » contre Dominique Soullier, « dont le casier judiciaire est vierge ».

En première instance le 15 mars dernier, les trois hommes, cofondateurs de la Confédération paysanne, avaient été condamnés par le tribunal correctionnel à des peines de 8 à 10 mois de prison avec sursis et à des amendes. « Je m’attendais à une telle sévérité du réquisitoire qui prouve une nouvelle fois que la justice s’est mise au service de la recherche dominante », a déclaré José Bové à l’issue de l’audience.

« Notre combat se poursuit et comme je suis syndicaliste agricole mais aussi citoyen européen, ce combat est loin d’être terminé. Plus que jamais, je reste donc serein et confiant », a-t-il dit.

« Égocentriques et forcenés »

Intervenant dès la reprise de l’audience vendredi matin, l’avocat des parties civiles, Michel Zaoui, avait dénoncé des « militants anti-sciences qui préfèrent détruire que débattre ».

« Ils se servent des prétoires pour clamer des peurs millénaristes. Il faut les condamner pour qu’ils cessent enfin d’instrumentaliser la justice française, pour qu’ils cessent de détruire des travaux de recherche qu’ils sont seuls à croire dangereux », a-t-il lancé.

Dans son réquisitoire, Michel Legrand a fermement dénoncé « trois hommes qui préfèrent casser que débattre ». « Dans cette salle, il faut se demander où se trouvent les inquisiteurs », a-t-il dit.

« Ces trois-là, égocentriques forcenés, se déchirent entre eux, qui plus est. C’est navrant. Ils dénoncent les pseudo-sciences, c’est leur droit. Mais quand ils utilisent la violence pour forcer cette science au silence, ils ont tort. Ils ont tort aussi de se servir de la justice, de l’instrumentaliser. De toute façon, nous sommes là pour dire le droit, pas pour transformer les prétoires en audiences de l’Académie des sciences ».

A la suite du réquisitoire, les deux avocats de la défense, Marie-Christine Etelin et François Roux, ont plaidé tour à tour pour demander la relaxe de leurs clients.

« Derrière de belles intentions philanthropiques, les chercheurs du Cirad veulent ruiner les agricultures les plus pauvres. C’est contre des chercheurs qui jouent aux apprentis sorciers que des militants se sont levés », a lancé Me Etelin.

« Il faudra donc un jour ou l’autre, et ce jour approche, je crois, que l’on reconnaisse la légitimité de ce combat » a ajouté l’avocate.

« Ceux que l’on accuse aujourd’hui ne sont ni des bandits ni même des anarchistes rétrogrades, comme je l’ai entendu dans cette salle. Ce sont des militants responsables qui luttent pour qu’agriculture ne rime pas avec danger. Leur action, symbolique, mérite donc une peine symbolique aussi », a lancé François Roux.

« Il y a des combats douteux. D’autres sont généreux. C’est à vous, Mesdames et Messieurs de la cour, de dire le droit avec modernité, de redessiner chaque jour les frontières de la légitimité », a poursuivi l’avocat.

Il a confirmé que lui et sa collègue se pourvoiraient en cassation si la relaxe n’était pas prononcée.

La cinquantaine de militants qui accompagnaient José Bové et ses amis ont quitté sans incident la salle d’audience vendredi vers 13h00, dès l’annonce de la mise en délibéré de l’arrêt de la cour.

Source : Reuters

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