“Journée blanche” : blocages de la collecte de lait en France

Rennes (France), 1er septembre 2005 – Les producteurs de lait ont bloqué laiteries et camions laitiers dans toute la France, dans le cadre d’une « journée blanche » contre la baisse des prix décidée par les industriels.

« Notre objectif est atteint. Il n’y a pas un seul camion de lait qui circule aujourd’hui dans l’Ouest », a affirmé à l’AFP Marcel Denieul, président de la section laitière à la Fédération régionale des syndicats d’exploitants agricoles de l’Ouest (FREAO Bretagne-Pays de la Loire).

Basse-Normandie, Bretagne et Pays-de-la-Loire représentent à elles seules la moitié de la production nationale, a-t-il souligné. Mais les blocages de la collecte de lait ont touché ponctuellement jeudi l’ensemble des grandes régions laitières françaises.

Seule exception dans l’ouest: les producteurs du Finistère n’ont pas pris part aux blocages, préférant manifester de façon symbolique en déposant dans des gendarmeries plusieurs plaintes pour « vol » contre des laiteries.

Selon M. Denieul, la plupart des entreprises de transformation de lait ont préféré laisser les camions au garage, craignant les interceptions de producteurs en colère. « Elles n’ont pas voulu prendre de risque en essayant de collecter du lait aujourd’hui », a-t-il dit, estimant qu’environ 3 000 producteurs de lait étaient mobilisés pour cette « journée blanche » rien que dans le nord-ouest du pays.

De nombreuses laiteries ont été bloquées par des manifestants. Des camions qui avaient tenté de prendre la route ont été immobilisés.

Les producteurs de lait dénoncent une baisse unilatérale de 3% en moyenne du prix du lait décidée par les transformateurs depuis juillet. Ils accusent ces derniers d’avoir rompu un accord de septembre 2004 sur les tarifs laitiers.

Selon M. Denieul, les revenus des producteurs laitiers évoluent en moyenne entre 1 000 et 1.200 euros par travailleur et par mois. Mais il souligne que la sécheresse et la flambée du carburant ont aggravé la situation des exploitants, dont certains sont en état de quasi-faillite.

« On a une baisse des revenus et une augmentation des charges avec surtout la mise aux normes européennes des exploitations », déplore Chantal, une exploitante de 42 ans, qui participait jeudi à un blocage du groupe laitier Coralis à Cesson-Sévigné (Ille-et-Vilaine) et préfère ne pas être identifiée.

« C’est une année de galère. Avec la sécheresse, j’ai pu mettre mon troupeau à la pâture un mois et demi au lieu de trois mois les autres années. Je suis obligé de prendre déjà sur le foin et l’ensillage prévu pour l’hiver. C’est inquiétant. En plus, le fioul augmente et les charges sociales ne baissent pas », renchérit Sébastien, un producteur de 28 ans qui réclame lui aussi l’anonymat.

L’Union des industriels laitiers de l’Ouest (Unilouest) a appelé les producteurs en colère à la reprise du dialogue interprofessionnel.

Bertrand Posté, directeur d’Unilouest, déplore les conséquences économiques des manifestation, qui « perturbent évidemment complètement le fonctionnement des entreprises », a-t-il déclaré à l’AFP.

Mais selon lui, de nouvelles aides européennes introduites par la réforme de la Politique agricole commune (PAC) et versées directement aux producteurs laitiers font plus que compenser le niveau de baisse des prix pratiqués par les entreprises, ce que ne contestent pas les syndicats. « Au niveau de la recette, ils sont gagnants par rapport à la situation antérieure en 2003 », affirme-t-il, tout en reconnaissant la flambée de leurs coûts.

Source : AFP

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