La bipolarité de l’UPA risque de provoquer son « éclatement »

Selon le professeur retraité de l’Université Laval, Michel Morisset, le positionnement depuis 15 ans de l’UPA pour la masse plutôt que pour les grands producteurs nuit à l’élaboration d’une véritable  politique agricole. Et le discours unique de l’organisation risque d’engendrer «  le décrochage »  des  3 % d’agriculteurs qui produisent 45 % des ventes.

« L’éclatement  du syndicalisme agricole ne sera pas le fait de l’Union paysanne  mais par des groupes de producteurs qui ne se reconnaissent plus au sein du syndicat agricole », a affirmé l’expert.

Source: CRAAQ

M.Morisset présentait son analyse du paysage agricole québécois devant une assistance 487 personnes réunie à Drummondville, dans le cadre de la 28e édition des Perspectives agroalimentaires du CRAAQ et dont le thème était « La force d’une vision ». Selon lui, les raisons d’État d’hier pour appuyer l’agriculture ne s’appliquent plus à un secteur qui compte moins de 1 % de la population active.

Le vœux de répondre à tous les discours et les peurs de la société civile- écologiste, libertaire, sanitaire, anti-capitaliste, néolibéral, anti-mondialisation, régionaliste, etc  -,  explique en partie la bipolarité du syndicat agricole. « Tenter de répondre à tous les courants est illusoire », a soutenu  M. Morisset.

D’après-lui, une véritable politique devrait s’appuyer sur le secteur agroalimentaire plutôt que le secteur agricole, en visant une approche filière innovatrice et productive, notamment pour viser les marchés internationaux, et intégrant les contraintes sociales et environnementales dans les coûts de production.

« Arrêtons de faire des sommets! » a lancé  le père fondateur de ces Perspectives agroalimentaires, décochant du coup, une flèche au MAPAQ. Le ministère est en effet plein processus de consultation et de préparation d’un Sommet sur l’alimentation prévu en novembre 2017 et l’annonce d’une politique bioalimentaire est prévue pour le printemps 2018.

Outre M. Morisset, ces perspectives 2017 ont donné la tribune entre autres à Jean-Martin Aussant, directeur du Chantier de l’économie social. Par ailleurs, Yanick Desnoyers, chef économiste adjoint à la Caisse de dépôt du Québec, a relevé l’incertitude dans la lecture de l’économie future et des marchés provoquée par l’arrivée du président Trump.

Ce thème, l’incertitude, a aussi été repris  par le directeur général de Scotland Food and Drink, James Whiters. Ce dernier a livré une présentation inspirante sur la politique agroalimentaire écossaise hâlée par son produit phare, le whisky, dans le contexte commercial incertain du Brexit.

L’entrepreneur  québécois, Nicolas Duvernois, a clôt cette mouture des perspectives  2017 en livrant avec humour son parcours de fabricant de Pur Vodka, qui a remporté plusieurs prix internationaux dont celui de « la meilleure vodka au monde ». Reste à savoir si, dans l’élaboration d’une future politique bioalimentaire, la vodka au sera aux Québécois ce qu’est le whisky pour les Écossais.

à propos de l'auteur

Journaliste et agroéconomiste

Nicolas Mesly est agroéconomiste et journaliste pigiste spécialisé dans les enjeux agroalimentaires. Il couvre les grandes cultures pour Le Bulletin des agriculteurs.

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