La Commission européenne lève le moratoire sur les OGM

Bruxelles (Belgique), 19 mai 2004 – La Commission européenne a mis fin à un moratoire de plus de cinq ans sur les importations d’organismes génétiquement modifiés (OGM) en autorisant la mise sur le marché de boîtes de maïs doux Bt-11.

L’exécutif européen, qui a tranché malgré les réticences de nombreux Etats membres et les protestations de défenseurs de l’environnement, a estimé que toutes les conditions étaient réunies pour autoriser la commercialisation de ce produit.

« L’évaluation avant la mise sur le marché du mais doux génétiquement modifié a été on ne peut plus rigoureuse, » a déclaré le commissaire européen chargé de la protection des consommateurs, David Byrne, en expliquant que les scientifiques le jugeaient « aussi sûr » que le maïs traditionnel.

L’autorisation donnée au géant de l’agroalimentaire suisse Syngenta (ex-Novartis), la première en Europe depuis le mois d’octobre 1998, ne porte que sur les boîtes de maïs doux en boîte ou frais, et ne permet pas de cultiver le Bt-11 en Europe.

Cet OGM se trouve déjà dans l’assiette des Européens depuis 1998, puisque ces grains de maïs génétiquement modifiés pour inclure un insecticide ont été autorisés pour l’alimentation des animaux et l’utilisation dans des produits dérivés, comme l’huile de maïs, les confiseries, les sirops et les en-cas.

Le feu vert de la Commission n’est pas une surprise, dans la mesure où elle avait donné un avis favorable à sa commercialisation, l’UE étant désormais dotée d’une législation claire en matière d’étiquetage et de traçabilité des OGM.

Les réserves de l’AFSSA balayées
« La Commission agit d’une manière responsable en se fondant sur une législation stricte et claire, » a expliqué David Byrne lors d’une conférence de presse, précisant que toutes les boîtes de maïs doux devont indiquer aux consommateurs qu’ils achètent un produit avec OGM. « Les consommateurs pourront choisir. »

Les gouvernements européens avaient la possibilité de s’y opposer à la majorité qualifiée, mais ils n’ont pu qu’étaler leurs divisions lors d’une réunion le 26 avril dernier.

Seuls la France, l’Autriche, la Grèce, le Portugal, le Danemark et le Luxembourg ont voté contre l’autorisation, ce qui n’est pas suffisant pour barrer la route au Bt-11.

La décision finale appartenait à la Commission, qui n’a guère douté, seuls quelques commissaires demandant un délai.

David Byrne a notamment balayé les réserves émises par l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) sur la consommation par l’homme du maïs Bt11, qui jugeait insuffisants les tests de toxicité et de tolérance.

Selon l’Afssa, il existe un risque « d’effets inattendus » si l’homme consomme ce maïs déjà vendu aux Etats-Unis en boîtes ou sous forme de pop corn. Mais le commissaire a estimé que l’agence avait utilisé une « méthodologie incorrecte ».

La firme pharmaceutique concernée s’est félicitée d’une décision prise sur la seule base « scientifique ».

« C’est un pas dans la bonne direction, mais au final c’est le consommateur qui décide », a déclaré un porte-parole de Syngenta. « Cela prendra quelque temps. »

Le feu vert à l’importation du Bt-11 ne signifie pas que la Commission autorisera la semence et la culture d’OGM en Europe, là où réside la vraie bataille, mais le symbole de la levée du moratoire a suffi pour provoquer beaucoup d’émoi.

Pressions américaines
Plusieurs députés verts du Parlement européen ont manifesté leur mécontentement de voir l’exécutif de l’UE prendre une décision qu’ils jugent prématurée et contraire selon eux au souhait des citoyens européens, dont 70% refusent les OGM.

« Il s’agit d’un coup d’Etat de la Commission qui a profité de la vacance du Parlement européen (qui a cessé de siéger en attendant les élections du 13 juin) pour imposer la levée du moratoire sur les OGM, » a déclaré le Français Alain Lipietz.

Pour les Verts, il n’y a toujours pas de règles de coexistence entre entre cultures OGM et non OGM, ce qui risque d’entraîner la contamination des cultures classiques.

Les Amis de la Terre, l’un des plus importants groupes de pression, estiment quant à eux que la Commission a été trop vite en besogne, les études de toxicité étant jugées insuffisantes.

Pour Adrian Bebb, des Amis de la Terre, cette décision ne fera qu’accroître la méfiance vis-à-vis des OGM.

« La Commission européenne joue avec la santé des consommateurs, » a-t-il déclaré dans un communiqué.

« Mais l’opinion publique n’acceptera pas cela. L’hostilité aux aliments OGM et aux cultures OGM devrait croître et la confiance de l’opinion dans le processus de décision de l’UE sera probablement affaiblie, » a-t-il ajouté.

Pour les Amis de la Terre, l’autorisation est d’autant plus étonnante que les entreprises du secteur, comme Monsanto et Bayer, ont retiré plusieurs demandes en raison de cette fronde.

Dans 22 pays d’Europe, notamment en France et en Italie, ajoute l’organisation, les régions s’organisent pour adopter des législations locales interdisant la culture d’OGM.

Pour Eric Gall, un militant anti-OGM de Greenpeace, la Commission « a choisi dans ce cas de défendre les agriculteurs américains et d’étroits intérêts agro-alimentaires. »

Il s’agit là d’une allusion aux pressions des Etats-Unis, qui exigent depuis des mois la levée du moratoire européen.

Source : Reuters

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Syngenta
http://www.syngenta.com/

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