La financière agricole du Québec : un bon projet à certaines conditions

Québec, le 15 novembre 2000 – « Les producteurs et productrices agricoles adhèrent aux grandes orientations incluses dans le projet de modernisation des outils financiers présenté par le gouvernement. Mais encore faudra-t-il qu’il rencontre certaines conditions, s’il veut avoir pleinement la faveur du monde agricole ».

Voilà, pour l’essentiel, le message qu’a livré aujourd’hui le président de l’Union des producteurs agricoles, M. Laurent Pellerin, devant la Commission parlementaire sur l’agriculture, les pêcheries et l’alimentation, qui tient des consultations sur le projet de loi 144 qui vise à instituer La Financière agricole du Québec, appelée à remplacer la Régie des assurances agricoles du Québec et la Société de financement agricole.

S’il rencontre de nombreux objectifs visés par les agriculteurs, le projet achoppe toutefois sur un obstacle de taille : le niveau de contribution des producteurs agricoles. « Nos membres, de dire M. Pellerin, nous ont fermement indiqué en tournée de consultation qu’ils n’accepteraient pas l’idée d’un financement partagé à 50-50 avec le gouvernement. Pour eux, c’est faire un pas en arrière que de renoncer au partage 1/3-2/3 du régime actuel de protection du revenu ».

Il faut comprendre qu’un tel régime financé à 50 % par les producteurs signifie que ces derniers doivent absorber le premier 50 % des pertes qu’ils subissent en raison des risques auxquels ils sont exposés. C’est énorme vu l’importance de ces risques et la fréquence des chutes de revenus qu’ils entraînent et compte tenu aussi que de tels programmes sont financés à 100 % par le gouvernement aux États-Unis et dans l’Union européenne, nos principaux concurrents en agriculture.

M. Pellerin a également insisté sur le fait que la transition entre l’ancien et le nouveau régime devra se faire le plus naturellement possible. « Ces programmes existent depuis très longtemps, a-t-il expliqué; ils ont fait la preuve de leur pertinence et de leur utilité en créant un véritable horizon de stabilité économique indispensable au maintien du secteur et à son développement. C’est pourquoi l’État a la responsabilité de ménager un passage sans heurts, seul susceptible de rallier l’assentiment des producteurs agricoles. Par conséquent, le gouvernement devra assumer les coûts inhérents à la mise en place de ce nouvel organisme ».

« Au surplus, de souligner le président de l’UPA, cette exigence des producteurs de continuer à bénéficier de leurs acquis n’est pas différente de celle des employés de l’État qui seront transférés vers La Financière agricole du Québec et qui veulent légitimement continuer à bénéficier des conditions d’emploi liées à leur appartenance à la fonction publique ».

Le projet devra par ailleurs satisfaire à trois autres conditions. C’est ainsi qu’il devra prévoir une clause de réouverture de l’enveloppe prédéterminée de La Financière agricole en cas de conditions exceptionnellement défavorables, que les frais inhérents au fonctionnement des programmes et à l’indexation des salaires des employés devront continuer d’être assumés directement par le gouvernement et qu’une couverture minimale de protection du revenu soit offerte d’ici la fin de l’année aux productions agricoles actuellement non protégées.

Rappelons, en terminant, que l’idée de modifier la manière de sécuriser le revenu agricole n’est pas nouvelle en agriculture, spécialement quant aux programmes dont les agriculteurs sont les utilisateurs-payeurs. C’est l’aboutissement d’un cheminement et d’une réflexion de près de dix ans de la part des producteurs et productrices agricoles.

Au Rendez-vous des décideurs, les représentants du monde agricole avaient eux-mêmes mis de l’avant le projet de créer une structure qui intégrerait la gestion de tous les outils financiers agricoles en vue d’en optimiser l’utilisation par les entreprises, un projet appuyé à l’unanimité par l’ensemble des intervenants du secteur agroalimentaire.

« Pour nous, de conclure M. Pellerin, La Financière agricole du Québec représente une occasion unique de s’impliquer davantage dans la gestion des programmes agricoles, en partenariat avec l’État, et de disposer d’un levier économique pour assurer une présence collective plus visible et plus active dans le développement de notre secteur. C’est pour ça que nous lui accordons autant d’importance ».

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Ministère de l’agriculture des pêcheries et de l’alimentation du Québec (MAPAQ)

http://www.agr.gouv.qc.ca/

Union des producteurs agricoles (UPA)

http://www.upa.qc.ca/

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