La France craint toujours le pire

Paris (France), 28 mars 2001 – Un mois après les premières mesures de lutte contre la fièvre aphteuse déclenchées en France, la crainte d’une propagation de la maladie est toujours aussi grande, confortée par la suspicion de fraudes.

La multiplication dans l’Hexagone des abattages d’animaux, aussi draconiens soient-ils, ne parvient pas à dissiper les doutes sur l’efficacité des contrôles et le repérage des ovins qui ont été importés du Royaume-Uni et d’Irlande en février.

Plaque-tournante du commerce intra-communautaire des bestiaux, la France est en première ligne pour une possible propagation de l’épizootie, estiment des professionnels.

Son premier cas de fièvre aphteuse découvert le 13 mars, en Mayenne, a été suivi la semaine dernière d’un second foyer.

Les professionnels considèrent que la situation de la France relève du « miracle », au regard de ses 60 millions de têtes d’animaux et des importations massives d’ovins, en février, en provenance du Royaume-Uni où l’épizootie s’est déclenchée.

Par prévention, les autorités françaises procèdent depuis le 27 février à l’abattage systématique des animaux susceptibles d’être porteurs du virus.

A ce jour, plus de 46.500 animaux ont été abattus y compris les ovins importés du Royaume-Uni et d’autres abattages sont programmés, visant notamment des animaux provenant des Pays-Bas et d’Irlande où la maladie gagne du terrain.

Si Paris refuse toujours de recourir à la vaccination pour des raisons « essentiellement économiques », mardi le ministre Jean Glavany n’excluait pas cette alternative, tout en mentionnant son caractère de dernier recours.

Au Royaume-Uni, où 441.640 animaux ont été abattus à ce jour avec près de 700 foyers déclarés, les autorités réclament aujourd’hui la vaccination, à condition qu’elle soit limitée.

« Tout le monde croise les doigts, personne n’a intérêt à ce que l’épizootie se propage », a déclaré à Reuters Dominique Grange, directeur de la Fédération des marchands de bestiaux qui « n’exclut pas une propagation de la maladie ».

Déplorant les accusations de fraude portées contre un de ses pairs, il se demande « est-ce que tout a bien fonctionné partout? ». Il faut se poser la question.

« Je ne vois pas pourquoi on parle autant de fraudes. C’est sûr, il y a eu un dysfonctionnement quelque part. Je me demande si on ne cherche pas un bouc-émissaire? », dit-il, s’interrogeant sur l’efficacité des contrôles.

« Cette hitoire va remettre de l’ordre dans une certaine dérive », affirme-t-il.

Marie-José Nicoli, présidente de l’Union fédérale des consommateurs (UFC-Que Choisir?) se montre également alarmiste, même si elle se félicite des mesures préventives prises par la France pour contenir l’épizootie.

« La propagation n’est pas exclue. Si on se limite à deux foyers en France, on aura beaucoup de chance. Ce sera un miracle », estime-t-elle, avant d’ajouter :« si d’autres cas se déclarent, ça va se déclarer en chaîne. La situation reste inquiétante ».

« La France est une plate-forme de transit pour les animaux », rappelle Marie-José Nicoli, qui rappelle les milliers d’ovins importés, le mois dernier, du Royaume-Uni et d’Irlande pour la fête musulmane de l’Aïd el-Kébir.

D’autres ont transité par l’Hexagone, avant d’être expédiés aux Pays-Bas, observe-t-elle.

« Tous ces animaux ont été en contact avec des animaux français. Est-ce qu’on les a tous retrouvés? », s’interroge Marie-José Nicoli, insistant sur « l’opacité qui règne sur l’identification des moutons importés ».

Deux nouveaux foyers de fièvre aphteuse ont été confirmés mercredi aux Pays-Bas, portant à sept les sites affectés dans ce pays.

Selon les autorités néerlandaises, la maladie a été apportée par des vaches venues d’Irlande qui ont transité par la Mayenne, département où s’est déclaré ce mois-ci le premier cas connu en France, mais aussi du continent.

« Les pouvoirs publics disent qu’ils contrôlent, mais on sait très bien que l’on ne peut pas avoir un contrôleur dans chaque exploitation », estime Marie-José Nicoli.

En Mayenne, on retient aussi son souffle. « La pression est forte sur le terrain. Les éleveurs s’inquiètent des fraudes », constate Jérôme Auckenthaler, directeur technique de la Chambre d’Agriculture de Mayenne.

« On a pris dans la figure le second cas. On pensait qu’on était dans une sortie de crise. C’est l’angoisse! », dit-il.

Pour autant, il espère que les « efforts » déployés par la France pour maîtriser la contamination permettront « d’en finir dans quinze jours ».

Refusant de commenter les accusations de fraude portées contre Jean-François Reboux, le négociant mayennais impliqué dans les deux cas de fièvre aphteuse en France, il regrette néanmoins les « quelques truands » qui jettent l’opprobre sur la profession.

« Je ne dit pas que la situation est sous contrôle, mais j’espère que l’on s’en sortira rapidement », dit-il.

Source : Reuters

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