La France touchée à son tour, l’UE intervient

Paris (France), 13 mars 2001 – L’Union européenne a suspendu mardi toutes les exportations d’animaux à sabots fendus de France, après l’annonce mardi du premier cas confirmé de fièvre aphteuse sur le continent européen, en Mayenne.

Les pays voisins de la France, qui s’inquiètent, renforcent dans le même temps leur dispositif préventif pour tenter d’endiguer la maladie très contagieuse, qui décime les troupeaux mais épargne l’homme.

A Bruxelles, le comité vétérinaire permanent (CVP) de l’UE a interdit jusqu’au 27 mars toutes les exportations d’animaux à sabots fendus de France, ainsi que toutes les expéditions de lait, de produits laitiers et de viande en provenance de la Mayenne, et de l’Orne, département adjacent.

Selon le ministère français de l’Agriculture, le foyer avéré a été découvert sur un élevage de 114 bovins, voisin d’une exploitation ayant importé des ovins britanniques en février, à La Baroche-Gondouin, dans le nord de la Mayenne.

Le plan « fièvre aphteuse » a été déclenché par la préfecture et l’ensemble du troupeau, a été détruit dans la nuit. De plus, les randonnées, courses hippiques et autres rassemblements d’équidés sont interdits à partir de mercredi dans les deux départements concernés.

Trois cas de suspicion de fièvre aphteuse ont été décelés sur des animaux à sabots fendus en Seine-et-Marne, a-t-on appris à la préfecture. Ces cas positifs ont été décelés sur 150 prélèvements effectués après des abattages, qui ont lieu le 1er mars dans une ferme à Guérard, près de Coulommiers.

Quelque 2.000 moutons et plusieurs dizaines de bovins ont été abattus sur l’ensemble du département, à titre préventif.

Peur et colère chez les éleveurs
Huit autres cas suspects — chez cinq moutons et trois bovins — ont été découverts dans une exploitation de Saint-Pierre de Chandieu (Rhône), apprend-on de source préfectorale. Les moutons faisaient partie d’un lot de 41 ovins importés de Grande-Bretagne.

La peur et la colère règnent chez les éleveurs, qui craignent une propagation de la maladie malgré les précautions prises par les autorités.

Prédisant une nouvelle chute de la consommation de viande bovine, le président de la Fédération nationale bovine (FNB), Pierre Chevalier, a demandé à rencontrer d’urgence le ministre de l’Agriculture, Jean Glavany, pour mettre en place rapidement un plan d’aide à la filière bovine.

La FNSEA a appelé l’ensemble des agriculteurs français à redoubler de vigilance et invité les éleveurs à prendre l’initiative de mesures de protection, dont la désinfection autour de leurs fermes.

Son président, Luc Guyau, s’est toutefois félicité du « bien-fondé de la politique rigoureuse de prévention des risques » mise en place par les pouvoirs publics dès février.

Le ministre de l’Agriculture a pour sa part déclaré au journal télévisé de France 3 qu’il n’envisageait pas de mesures sanitaires supplémentaires contre l’épizootie, jugeant suffisant le plan mis en place il y a deux semaines.

Sans attendre la décision de l’UE, plusieurs pays européens avaient déjà pris des mesures de précaution.

L’Allemagne inquiète
Les autorités italiennes ont décidé d’abattre des moutons venus de France et présentant des symptômes de la maladie de la fièvre aphteuse dans la province de Pescara.

De son côté, la Belgique a décidé de suspendre immédiatement ses importations de bêtes à sabots fendus provenant de France tandis qu’en Allemagne, on s’inquiète du risque de propagation tout en croisant les doigts malgré les strictes mesures de précaution en vigueur dans leur pays.

« Maintenant que la France est touchée, le risque de contamination de l’Allemagne augmente considérablement », a commenté Bernhard Krüsken, un expert auprès de l’association de coopératives DRV.

La Norvège a suspendu de son côté les importations de produits animaux en provenance de France tout en précisant que l’extension de cet embargo à l’échelle européenne constituerait une « prochaine étape ».

La Pologne, qui avait interdit dès février les importations de bétail — bovins, porcs, chèvres et moutons — de la plupart des pays européens, a annoncé qu’elle interdisait désormais également le transit sur son territoire de bétail provenant de France.

Les Etats-Unis ont pour leur part annoncé l’interdiction temporaire des importations de tous les animaux et produits animaux de l’UE, une mise en quarantaine de la viande importée d’Europe depuis le 21 février et l’envoi en Europe de 40 experts chargés d’observer la situation et d’apporter leur contribution aux efforts visant à juguler l’épizootie.

« Pas d’impact sur l’économie européenne »
Le gouvernement canadien a de son côté interdit toutes les importations de viande de l’UE. Aucun cas de fièvre aphteuse n’a été décelé dans le pays depuis 1952.

Au Royaume-Uni, où le nombre de foyers confirmés s’élève désormais à 200, le Premier ministre a tenté de rassurer les professionnels du tourisme et de l’agriculture, les deux secteurs les plus directement vulnérables à la crise qui est entrée dans sa quatrième semaine.

On estime à 170.000 le nombre de bêtes abattues ou devant l’être en raison de l’épizootie.

Le ministre belge des Finances et président de l’Eurogroupe, Didier Reynders, a estimé que la fièvre aptheuse et la crise de la vache folle n’aurait qu’un impact limité sur la croissance et l’inflation dans la zone euro.

Soucieuse d’éviter la contagion en provenance de pays extra-européens, les experts vétérinaires de l’UE ont en outre décidé que les Quinze devraient suspendre jusqu’au 15 avril leurs importations de viande et de lait en provenance de l’Argentine, où 300 cas de la maladie ont déjà été décelés.

Source : Reuters

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