La gestion de l’offre avantage les Canadiens : la FPLQ réplique à l’Institut économique de Montréal

Longueuil (Québec), 1 février 2005 – Dans une « note » de quatre pages, l’Institut économique de Montréal (IEDM), prétend mettre en lumière « les coûts élevés que doivent supporter les consommateurs et les industries utilisatrices de lait en vertu du système de gestion de l’offre actuellement en vigueur au Canada ». La Fédération des producteurs de lait réfute totalement cette affirmation qui ne résiste pas à l’épreuve des faits.

La gestion de l’offre avantage les consommateurs
En effet, une étude universitaire fouillée, de 125 pages, réalisée en2004 par le professeur Daniel-Mercier Gouin de l’Université Laval, démontreque la gestion de l’offre en production laitière telle que pratiquée au Canadane désavantage pas les consommateurs. Selon les données compilées par lechercheur, en Nouvelle-Zélande et en Australie, deux pays qui ont déréglementétotalement la production laitière et que l’IEDM propose comme modèles, lesprix à la consommation des produits laitiers ont augmenté respectivement de230 % et de 160 % de 1981 à 2001. Pour la même période au Canada, ilsn’augmentaient que de 60 %.

Par ailleurs, les résultats d’enquêtes comparatives sur le prix desproduits laitiers au Canada et aux Etats-Unis, réalisées deux fois l’an depuis1996, montrent que les consommateurs canadiens paient leurs produits laitiersmoins chers que leurs voisins du sud. Une enquête réalisée par AC Nielsen dans80 supermarchés de 10 grandes villes canadiennes et américaines en 2004confirme que le coût d’un panier complet de produits laitiers est moins cherau Canada, en l’occurrence de 23,6 %.

L’industrie en profite aussi
Les transformateurs et les distributeurs de produits laitiers profitentégalement de la stabilité offerte par la gestion de l’offre. Ils réalisentd’importants profits au Canada. Une étude de Deloitte & Touche réalisée en2002 a démontré que les transformateurs laitiers canadiens obtenaient en faitdes bénéfices supérieurs à ceux de leurs concurrents américains. Les résultatsfinanciers publiés par les grandes entreprises de transformation le démontrenthors de tout doute.

Moins de subventions au Canada
L’étude du professeur Gouin révèle aussi que les subventions par tonne delait produit en 2002 étaient deux fois plus faibles au Canada qu’aux Etats-Unis et plus de trois fois inférieures à celles de l’Union européenne. Enfait, le Canada est, avec la Nouvelle-Zélande, le pays qui subventionne lemoins ses producteurs laitiers selon les données compilées par le chercheur.

Un système plus équitable qui favorise une agriculture de taille humaine
L’IEDM reproche à la gestion de l’offre et aux quotas d’être une barrièreà l’entrée dans le secteur laitier. En réalité, dans la majorité des grandspays producteurs de lait la tendance n’est pas à l’installation de nouveauxproducteurs, mais à la diminution constante du nombre de fermes laitières. Lagestion de l’offre permet de ralentir cette concentration de la production enoffrant aux producteurs un revenu plus stable et équitable.

Ainsi, aux Etats-Unis, où il n’y a pas de gestion de l’offre, le nombrede fermes laitières a subi une réduction de près de 47 % de 1992 à 2003. Pourla même période, le Québec a perdu 31 % de ses fermes laitières. Un systèmeprétendument libre comme celui des américains pousse donc vers la sortie,toutes proportions gardées, 16 % de producteurs de plus que celui du Québec.Est-ce là un modèle à suivre?

Quels intérêts sert l’IEDM?
Seuls les économistes néo-libéraux tels ceux de l’IEDM croient encore quela main invisible du libre marché convient au secteur agricole. Les faitsdémontrent le contraire. La transmission au détail des économies réalisées surle dos des producteurs par les intermédiaires ne se réalise pas. Lestransformateurs et les distributeurs augmentent leurs marges plutôt que deréduire les prix.

Devant cette charge non fondée, qui ne résiste pas à l’analyse, on peutse demander en toute légitimité quels intérêts sert l’Institut économique deMontréal en s’attaquant à la gestion de l’offre, un modèle de mise en marchéqui a fait la preuve qu’il profite autant aux producteurs, qu’auxconsommateurs et à l’ensemble de la société?

L’étude de Daniel-Mercier Gouin est disponible à l’adresse Internetsuivante : http://www.go5quebec.ca/fr/documents.php

L’enquête d’AC Nielsen peut être consultée à l’adresse Internet suivante : http://www2.producteurslaitiers.org/fran/industrie/4_10.asp

Réplique de la Fédération des producteurs de lait aux affirmations de l’Institut économique de Montréal (IEDM) sur la gestion de l’offre
Affirmation de l’IEDM :
Selon l’IEDM, les consommateurs canadiens paieraient l’équivalent de2,7 milliards de dollars en « impôt » déguisé pour soutenir les producteurs delait, soit la différence entre le « prix mondial » du lait et le prix du lait àla ferme au Canada.

En réalité :
Les 2,7 milliards de dollars de subventions sont totalement virtuels. Lesproducteurs laitiers canadiens ne reçoivent aucune subvention pour soutenirleur revenu. Les faits démontrent qu’il n’y a pas d’économie transférée auxconsommateurs par une industrie laitière déréglementée, au contraire.

Une étude comparative de différents systèmes de régulation de laproduction laitière dans le monde(2), réalisée en 2004 par le professeurDaniel-Mercier Gouin de l’Université Laval, révèle que depuis 1981 les prix àla consommation des produits laitiers ont augmenté respectivement de 230 % etde 160 % en Nouvelle-Zélande et en Australie, deux pays qui ont déréglementéla production laitière, alors que pour la même période au Canada ilsn’augmentaient que de 60 %.

L’IEDM se base sur des calculs théoriques de l’OCDE qui estiment lesoutien des consommateurs en faisant la différence entre un prix mondial deréférence et le prix du lait à la ferme sur le marché intérieur. L’organismeprésume que s’il n’y avait pas de tarifs douaniers pour protéger le marchécanadien et si le prix de la ferme s’établissait sur le « libre marché », laréduction du prix à la ferme qui en résulterait serait automatiquementtransmise aux consommateurs.

La méthode de l’OCDE est contesté par des universitaires sérieux(1) etl’OCDE elle-même précise qu’il ne s’agit que d’une estimation.

Il y a deux problèmes majeurs avec ce calcul :

1. Le prix mondial des produits laitiers n’est pas le résultat d’un libre marché efficace. Le marché mondial des produits laitiers est marginal. Il ne représente qu’environ 6 % de toute la production. Les prix y sont maintenus artificiellement bas par les exportations subventionnées de l’Europe et des Etats-Unis. Il s’agit donc d’une référence (benchmark) biaisée.

2. La transmission aux consommateurs des économies réalisées par les intermédiaires sur le coût de la matière première ne se réalise pas. Dans les faits, les transformateurs et les distributeurs augmentent leurs marges plutôt que de réduire les prix aux consommateurs.

Dans les faits, les consommateurs canadiens ont accès à un panier deproduits laitiers de grande qualité, à des prix comparables et souvent moinschers qu’ailleurs dans le monde.

  • Une enquête comparative du prix d’un panier de produits laitiers entre les Etats-Unis et le Canada, réalisée deux fois l’an depuis 1996, démontre que les produits laitiers sont moins chers au Canada. Pourtant, il n’y a pas de gestion de l’offre aux Etats-Unis et le prix du lait aux producteurs y est plus bas.
  • L’exemple de la crise de la vache folle, qui a fait chuter le prix aux producteurs de plus de 70 % sans que le prix de détail ne baisse significativement, montre plutôt que les intermédiaires profitent des bas prix de la matière première pour accroître leurs marges sans transmettre l’économie aux consommateurs.

    Le Canada, avec la Nouvelle-Zélande, est le pays qui soutien le moins sesproducteurs laitiers par des subventions directes.

  • L’étude du professeur Gouin montre que les subventions par tonne de lait produit en 2002 étaient deux fois plus faibles au Canada qu’aux Etats-Unis et plus de trois fois inférieures à celle de l’Union européenne. Depuis 2002, autant les Américains que les Européens ont accru leur soutien alors que le Canada mettait fin au subside laitier qui subsistait en 2002.
  • Une étude récente réalisée pour le compte des Producteurs laitiers du Canada montre que les producteurs laitiers américains ont reçu en 2003 l’équivalent de 21,46 cents du litre en subventions gouvernementales.
  • La nouvelle politique laitière commune de l’Union européenne prévoit pour sa part des paiement directs aux producteurs de lait pour compenser une baisse des prix de soutien du lait qui s’élèveront à 14,30 cents du litre, sans compter toutes les autres subventions versées par l’UE aux producteurs en général.

    Affirmation de l’IEDM :
    Les industries utilisatrices de lait doivent supporter les coûts de lagestion de l’offre.

    Les transformateurs et les distributeurs de produits laitiers réalisentd’importants profits au Canada. Une étude de Deloitte & Touche réalisée en2002 a démontré que les transformateurs laitiers canadiens obtenaient en faitdes bénéfices supérieurs à ceux de leurs concurrents américains.

  • Saputo a déclaré des bénéfices en hausse de 20 % pour ses activités laitières au Canada au dernier trimestre.
  • Agropur déclare des excédents records depuis 4 ans.
  • Loblaws a haussé son bénéfice net par action de 19 % au dernier trimestre.
  • Métro a accru son bénéfice net de 13,5 % au premier trimestre 2005.

    Quant aux restaurateurs…
    Le prix de gros du fromage aux Etats-Unis est moins élevé qu’au Canada.Pourtant, une pizza moyenne achetée chez Pizza Hut à Burlington en novembre2004 coûtait 15,65 $ alors que la même pizza chez Pizza Hut à Longueuilcoûtait 13,29 $.

    Qui exploite qui?

    Un verre de 250 mL de lait 2 % se vend 1,95 $ au restaurant. Sur ce montant, 0,16 $ reviennent au producteur laitier qui nourrit les vaches, en fait la traite et effectue le transport du lait.

  • Dans le cas d’une pizza moyenne payée au restaurant 13,50 $, les producteurs ne reçoivent que 4 % du prix total pour le lait utilisé pour la fabrication du fromage qui garnit cette pizza.
  • L’augmentation du prix du lait à la ferme qui entre en vigueur le 1er février 2005 justifierait tout au plus une augmentation de 5 cents du prix d’une pizza moyenne acheté au restaurant.
  • Ce que les producteurs laitiers reçoivent pour leur lait n’est qu’une goutte dans un verre de lait! Même le pourboire laissé au serveur ou les taxes ajoutées à la facture du restaurant représentent plus que ce que le producteur retire de la vente des produits laitiers au restaurant!

    Dans les faits, l’organisation de la mise en marché du lait de la fermeet la stabilité des prix de la matière première entraînent des économies decoûts de transaction pour les transformateurs au Canada.

    Affirmation de l’IEDM :
    L’IEDM affirme que les tarifs douaniers qui protègent le marché canadiendes produits laitiers sont exceptionnellement élevés.

    En réalité :
    Les tarifs ont été mis en place à des niveaux élevés car ils servent àprotéger la production canadienne non subventionnée de la concurrence deproducteurs et des produits agricoles subventionnés dans d’autres pays.

  • Par exemple, les subventions que reçoivent les producteurs laitiers américains leur permettent d’accepter un prix du lait beaucoup plus bas, ce qui rend des tarifs moins élevés tout aussi efficaces pour protéger le marché.
        <<    Impact des subventions sur la hauteur du tarif sur le beurre aux E.U.    -------------------------------------------------------------------------    Beurre                                             Equivalent Ad valorem    -------------------------------------------------------------------------                                                        Prix          Prix                                                  mondial de    mondial de                                                  1 $ par kg    2 $ par kg    -------------------------------------------------------------------------    Tarif américain                 1,54 $/kg            154 %          77 %    -------------------------------------------------------------------------    Subventions directes estimées   1,70 $/kg            170 %          85 %    -------------------------------------------------------------------------    Tarif requis équivalent     au tarif courant plus     les subventions                3,24 $/kg            324 %         162 %    -------------------------------------------------------------------------    (*) Le montant de 1,70 $ est basé sur les résultats préliminaires de        l'étude de Grey, Clark & Shea, réalisée pour le compte des        Producteurs laitiers du Canada, qui estime que les producteurs        laitiers américains ont reçu l'équivalent de 6,41 $ US du 100 livres        de lait en soutien des programmes gouvernementaux fédéral et des        états en 2003.
  • Le Canada n’est pas protectionniste pour autant. Il offre un accès plus important sans tarif aux produits étrangers à son marché des produits laitiers que ne le font l’Union européenne et les Etats- Unis. Par exemple, le Canada importe en franchise de douane plus de 3 % des besoins de son marché du beurre alors que les Etats-Unis ne concèdent que 1,35 % du leur et plus de 7 % de son marché des fromages alors que l’Europe ne permet que l’importation de l’équivalent de 2,28 % du sien.

    Affirmation de l’IEDM :
    A l’évidence, les quotas sont devenus une barrière à l’entrée de ceux quivoudraient lancer une nouvelle entreprise dans ce secteur.

    En réalité :
    Dans la majorité des grands pays producteurs de lait, la tendance est àla diminution constante du nombre de fermes laitières et non pas àl’installation de nouvelles entreprises.

  • Ainsi aux Etats-Unis, où il n’y a pas de quota et de gestion de l’offre, de 1992 à 2003 le nombre de fermes laitières est passé de 131 535 à 70 209, soit une réduction de près de 47 %. Pour la même période au Québec, nous avons perdu 31 % de nos fermes passant de 12 677 à 7 925.

    Si le quota est un frein à l’entrée de nouveaux joueurs, que dire d’unmarché prétendu « libre » comme celui des américains qui pousse vers la sortietoutes proportions gardées 16 % de producteurs de plus que le Québec pour lamême période?

    Le quota est une part de marché qui offre à un producteur de lait lagarantie de vendre son produit à un prix stable et équitable, basé sur lescoûts de production, sans avoir besoin de subvention de l’état pour garantirun revenu décent.

  • Seule une quantité marginale de quota, environ 4 % de tout ce qui est détenu par les producteurs, est transigée sur le système centralisé de vente de quota au cours d’une année. On ne peut extrapoler la valeur du quota d’une ferme laitière à partir des achats marginaux de quota effectués sur le marché public.
  • Il s’établit, toutes proportions gardées, autant de jeunes en production laitière que dans les productions non contingentées. La stabilité des prix due à la gestion de l’offre est, au contraire, un facteur qui favorise l’établissement en production laitière.
  • Lorsque les parents agriculteurs établissent leurs jeunes, ils font généralement un don à leurs enfants ce qui leur permet de s’établir.
  • Le quota est une part de marché. Dans la majorité des secteurs de l’économie, l’accès au marché se monnaie.
  • La valeur d’un commerce, par exemple un dépanneur, n’est pas fixée uniquement sur l’évaluation des actifs, mais sur l’achalandage. Le commerçant vend sa clientèle.
  • Le détaillant en alimentation vend l’accès à son espace de tablette. Il vend donc un « quota » d’espace aux fabricants d’un produit. Il ne se contente pas de réaliser un profit sur la vente du produit.
  • Le système du franchisage dans la restauration est un autre exemple de « quota » d’accès à un marché.
  • Le permis de taxi est un autre exemple. Il a une valeur parce que le marché du taxi est organisé. A Montréal en 2003, il valait au environ de 150 000 $.

    On peut se demander en toute légitimité quels intérêts ou les intérêts dequi l’Institut économique de Montréal sert avec cette charge non fondée contreun modèle de mise en marché qui a fait la preuve qu’il profite autant auxproducteurs, qu’aux consommateurs et à l’ensemble de la société?

    (1) Doyon, M., Paillat, N. et D.-M. Gouin, Analyse critique du concept d’équivalent subvention à la production dans le secteur laitier (ESP lait), GREPA, 2002
    (2) D.-M. Gouin, La Gestion de l’offre dans le secteur laitier, un mode de régulation toujours pertinent, GREPA, novembre 2004

    Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

    Fédération des producteurs de lait du Québec
    http://www.lait.org

    Institut économique de Montréal (IEDM)
    http://www.iedm.org

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