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La graine de lin améliore la production laitière

L’ajout de graine de lin extrudée à l’alimentation des vaches laitières s’avère bénéfique tant au point de vue économique qu’environnemental. Ce constat ne tient pas compte d’un avantage potentiel pour la santé des vaches qui mangent la graine de lin et des humains qui consomment le lait produit. De plus, sur un marché du carbone, la réduction de méthane pourrait être un avantage économique supplémentaire.

L’équipe du chercheur Yvan Chouinard de la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation de l’Université Laval a évalué les effets de l’addition de graine de lin sur des fermes laitières québécoises pendant six mois. D’avril à novembre 2013, 30 entreprises laitières ont participé à ce projet. La moitié des entreprises a servi de témoin. Les autres fermes donnaient 700 g de lin extrudé par jour à l’alimentation des vaches. Le lin remplaçait une partie du supplément protéique et des grains.

Chez les entreprises laitières utilisant de la graine de lin extrudée dans l’alimentation des vaches :

  • la production laitière a augmenté de près de 3%;
  • la teneur en acides linolénique, principal acide gras oméga-3 du lait, a augmenté de 40%;
  • les émissions de méthane par litre de lait produit ont diminué de 9,4%;
  • le profit par vache a augmenté de 0,80$ par vache par jour.

« C’est une recherche qui s’était faite ailleurs », explique Yvan Chouinard. Vacco2 est un projet initié par Danone et implanté dans cinq pays. Au Québec, il est financé par Danone Canada, le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles et le ministère de l’Économie, de l’innovation et des Exportations du Québec. Il a été réalisé en collaboration avec Valorex, Valacta et les Producteurs de lait du Québec.

Méthane

Selon Yvan Chouinard, la diminution de la production de méthane est due à l’augmentation de la production de lait et au mode d’action des bactéries méthanogènes. Celles-ci n’aiment pas les acides gras insaturés. Il y a par conséquent moins de méthane produit. « Dans d’autres projets ailleurs dans le monde, la réduction de production de méthane était de 12%, explique Yvan Chouinard. Ici, on a eu 9%. Notre projet a eu lieu en été. Et c’est connu que les vaches diminuent leur production laitière en été. »

Économie

L’augmentation de profit est attribuable à une amélioration de l’efficacité alimentaire. Les vaches produisent plus plus lait, tout en mangeant la même quantité d’aliments. Malgré un coût plus élevé de la graine de lin, comparativement au supplément protéique et aux grains, les résultats ont démontré un avantage économique. « Le coût élevé de la graine de lin, c’est ce qui rendait les producteurs laitiers craintifs à utiliser la graine de lin dans l’alimentation des vaches laitières », explique Yvan Chouinard.

Marché de carbone

Un kilogramme de méthane équivaut à tout près de 25 kg de CO2. Une transaction sur les marchés de carbone pourrait être un avantage supplémentaire. « À partir de la composition du lait effectuée par Valacta, nous pouvons connaître la réduction de l’émission de méthane, explique Yvan Chouinard. Nous avons travaillé avec Valacta pour valider leur méthode de calcul, car la réduction de carbone doit être chiffrée. Les transactions de carbone c’est un bonus, mais même sans ça, c’est avantageux d’utiliser de la graine de lin. »

Santé

Les résultats de recherche n’ont pas permis de constater d’avantages sur la santé des vaches, mais aucun effet négatif n’a été noté. « Nous attribuons cela au fait que la recherche n’était pas suffisamment longue pour constater des effets, conclut Yvan Chouinard. C’est documenté que les oméga-3 contenus dans la graine de lin ont des effets bénéfiques sur la santé. »

Dans certains pays, Danone a son propre réseau de fermes qui lui permet de mettre en marché un yogourt distinct. Même si ce n’est pas possible au Québec en raison du mode de collecte du lait, l’entreprise internationale a voulu investir dans un projet ici. Il s’agit toutefois d’une image de bon citoyen corporatif. Selon Yvan Chouinard, l’ajout de graines de lin dans l’alimentation des vaches laitières pourrait augmenter la teneur en oméga-3 du lait mis en marché au Québec et représenter un avantage pour la filière laitière québécoise.

Bientôt

Yvan Chouinard présentera les résultats lors du Symposium sur les bovins laitiers qui aura lieu le 5 novembre prochain à Saint-Hyacinthe. Il espère continuer le projet de collecte de données sur une plus longue période. Il ne s’implique pas dans la phase commerciale de la graine de lin extrudée.

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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