La libéralisation du commerce agricole n’est pas la solution aux crises actuelles

Longueuil (Québec), 7 décembre 2008 – Le président de l’Union des producteurs agricoles (UPA) et porte-parole de GO5, coalition pour un modèle agricole équitable, la gestion de l’offre, M. Christian Lacasse, exprime l’inquiétude des agriculteurs québécois à la suite de la publication d’une nouvelle version des modalités d’un projet d’accord agricole de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) qui pourrait conduire à un accord final lors d’une réunion ministérielle à Genève à la mi-décembre. « Alors que le libéralisme et la déréglementation sont les causes profondes des crises financière et alimentaire actuelles, l’OMC propose d’aller plus loin sur cette voie. Avec ce qui est proposé, un accord de l’OMC sur la libéralisation du commerce agricole serait néfaste autant pour nous que pour les agriculteurs du reste du monde », a déclaré M. Lacasse.

Christian Lacasse interpelle le premier ministre du Canada, M. StephenHarper, pour que le Canada négocie un accord conforme à la motion de laChambre des communes du 22 novembre 2005. Cette motion mandate lesnégociateurs canadiens d’obtenir que les productions sous gestion de l’offren’aient pas à accorder de réduction de tarifs ni d’accès supplémentaires aumarché. « M. Harper a réitéré son appui à la gestion de l’offre dans son récentdiscours du trône et nous l’apprécions. Maintenant, il doit livrer! » a ajoutéM. Lacasse.

Le projet d’entente discuté à Genève imposerait une augmentationsubstantielle de l’accès au marché canadien ainsi que des réductions destarifs douaniers qui laisseraient libre cours au dumping de produits laitierset avicoles étrangers, ce qui aurait des conséquences désastreuses sur lesproductions laitière, de volaille et d’oeufs du Québec. Le projet d’accordprévoit aussi d’importantes baisses de soutien interne pour les autressecteurs de production, ce qui limiterait davantage la marge de manoeuvre duCanada et du Québec pour intervenir dans un secteur particulier en cas decrise majeure. « Si rien n’est fait, compte tenu de la structure du soutienagricole canadien, un tel accord mettrait en péril non seulement les secteurssous gestion de l’offre, mais aussi l’ensemble de l’agriculture québécoise,notamment les productions porcine, bovine, ovine et de grandes cultures » aprécisé le président de l’UPA.

Les agriculteurs évaluent que la ratification d’un tel accord par leCanada mettrait à risque plus de 40 % des recettes agricoles québécoises et,conséquemment, plus de 73 000 emplois directs à la ferme au Québec et environ250 000 emplois dans l’ensemble du Canada. Des emplois que le Canada ne peutse permettre de sacrifier, surtout pas dans une période de crise économique.

Toutefois, le projet d’accord permettrait à des pays comme les Etats-Unisde maintenir leurs importantes subventions agricoles en ne réduisant qu’unepartie des subventions non permises. Pour les subventions permises, c’est lebar ouvert. L’Europe et les Etats-Unis pourraient maintenir un soutien totalde 159 milliards de dollars canadiens annuellement. « Sans la gestion del’offre, le gouvernement canadien n’aura d’autre choix que d’emboîter le paset d’offrir un soutien équivalent à nos compétiteurs (PAC et Farm Bill) »,selon Christian Lacasse.

« Pour nous, la seule véritable alternative viable à la libéralisation ducommerce agricole est la souveraineté alimentaire et l’exception agricole.L’agriculture n’est pas un secteur économique comme les autres puisqu’elle estla source des aliments essentiels à la vie. Cela doit être reconnu dans lesententes commerciales internationales, d’autant plus que les Etatsreconnaissent déjà le droit des peuples à l’alimentation tel qu’énoncé dans laCharte des droits de l’homme et promulgué par l’Organisation des Nations Unies(ONU) », a conclu M. Lacasse, indiquant que c’est d’ailleurs le point de vuequ’a exprimé le rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation, M.Olivier de Schutter, lors d’une récente visite à Montréal. Un point de vuequ’a aussi partagé l’ancien président des Etats-Unis, Bill Clinton, lors d’uneconférence prononcée au siège des Nations Unies, le 23 octobre dernier. « Foodis not a commodity like others (…) We need the World Bank, we need theInternational Monetary Fund, we need all the big foundations, we need all thegovernments to admit that for thirty years we all blew it, including me when Iwas President. We blew it ! We were wrong to believe that food was like someother product in international trade », a déclaré M. Clinton.

Les quelque 8 000 fermes québécoises sous gestion de l’offre – laitières,avicoles et d’oeufs de consommation et d’incubation – permettent à 15 000producteurs et leurs familles de gagner leur vie. La valeur de la production àla ferme s’élève à 2,6 milliards de dollars. Les secteurs sous gestion del’offre génèrent près de 4 milliards de dollars de PIB et plus de 73 000emplois. Pour plus d’information sur l’OMC, la gestion de l’offre et lacoalition GO5 : http://go5quebec.ca.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Organisation mondiale du commerce (OMC)
http://www.wto.org/

Programme des Nations unies sur le développement humain (PNUD)
http://www.undp.org

Union des producteurs agricoles (UPA)
http://www.upa.qc.ca/

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