La viande halal : un marché en expansion aux États-Unis

New York (États-Unis), 7 décembre 2002 – Les entreprises vendant de la viande halal, c’est-à-dire provenant d’un animal tué conformément au rite musulman, se sont multipliées ces dernières années aux États-Unis. Les ventes ont été particulièrement fortes pour la fête de l’Aid-el-Fitr, qui marque la fin du ramadan.

Shaida Khan a dû une fois se déplacer en métro entre Manhattan et le quartier du Queens avec un agneau cru entier, découpé en morceaux. C’était il y a presque vingt ans et il n’y avait à cette époque qu’un seul magasin à New York proposant de la viande halal. Cette année, elle n’a pas eu besoin d’aller bien loin pour préparer le biryani, un plat tratidionnel à base de viande, de riz et de yaourt, à l’occasion de l’Aid-el-Fitr.

L’augmentation de la population musulmane américaine ces dernières années s’est en effet accompagnée d’une multiplication du nombre d’entreprises produisant et vendant de la viande halal.

Rondelles de boeuf et nuggets de poulet halal sont désormais proposés dans plusieurs chaînes de magasins et l’attention portée à la communauté musulame après le 11 septembre a donné lieu à une prise de conscience du potentiel de ce marché, attirant de nouvelles entreprises.

« Les acteurs dynamiques dans le secteur agroalimentaire disent: ‘on ne savait pas qu’on passait à côté de ce marché. Comment fait-on pour y pénétrer? »’, souligne Bill Aossey, fondateur de Midamar, une société basée dans l’Iowa qui produit de la viande halal depuis 1974.

Reste à déterminer la taille exacte de ce marché. Le Conseil islamique américain des aliments et de la nutrition (IFNCA), une des quelques organisations habilitées à certifier les producteurs halal, a donné son agrément à plus de 200 entreprises en Amérique du Nord, des producteurs locaux mais aussi des sociétés exportant vers les pays musulmans. « Il y a une demande considérable », souligne Mohamed Sadek, directeur du programme international de l’IFNCA.

Les ventes à l’international restent la principale source de profits de beaucoup de firmes, mais cette situation pourrait changer. Al-Safa Halal, une société canadienne qui approvisionne surtout les supermarchés américains, prévoit ainsi que ses ventes passeront de 10 millions de dollars cette année à 100 millions dans six ans. « Comme pour le cacher, il y aura une grande industrie halal », prédit son président David Muller.

Le nombre de musulmans américains devrait à terme dépasser celui des juifs américains. On estime actuellement leur nombre entre deux et six millions. L’industrie halal fait toutefois face à des difficultés particulières. Les lois islamiques sur l’alimentation sont sujettes à différentes interprétations et les fidèles acceptent des conditions d’abattage différentes en fonction des traditions dans leur pays d’origine.

Certains ne mangent que des animaux tués à la main par un musulman qui récite une bénédiction au nom d’Allah durant l’abattage. D’autres acceptent un abattage mécanique, par exemple pour les volailles, à condition que la bénédiction soit dite pendant le processus. D’autres encore préfèrent que l’usine soit orientée vers La Mecque.

Quelles que soient les règles suivies, la production halal aboutit presque toujours à une hausse des coûts. Il y a également un risque de fraude, avec la possibilité que des organismes payés pour certifier les producteurs ne fassent pas correctement leur travail ou que des entreprises se prévalent indûment du label halal.

Source : AP

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