L’accord économique avec l’Europe ne remplit pas ses promesses

Après trois ans, l’Accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne (AECG) tarderait à remplir ses objectifs. Avec l’anniversaire le 21 septembre dernier de l’entrée en vigueur de l’entente, l’Alliance canadienne du commerce agroalimentaire (ACCA) incite le gouvernement fédéral à recourir aux mêmes approches qui ont mené au renouvellement de l’ALENA avec un relatif succès.

Selon l’ACCA, ” les exportateurs de produits agroalimentaires demeurent très préoccupés par le fait que l’UE ne respecte pas l’esprit de son engagement au moment où les négociations de cet accord ont été conclues”. Selon l’organisme, l’AECG a démontré son échec “à procurer le réel et commercialement viable accès aux marchés qui avaient été promis au Canada”.

Au lieu de s’améliorer, la balance commerciale avec l’Europe s’est détériorée. Avec un marché de 500 millions d’habitants, le marché d’exportation de l’Union européenne était estimé à 1,5 milliards de dollars annuellement. La situation serait due “au maintien par la Commission européenne et les États membres de l’UE de toute une série de barrières et de l’imposition de nouvelles ou du refus de réduire des barrières qui devaient être abaissées ou éliminées dans le cadre de l’AECG”.

Les secteurs affectés par le manque à gagner seraient nombreux. Dans une lettre, cinq anciens premiers ministres des provinces, dont Jean Charest, soutiennent les arguments de l’association en mentionnant plusieurs exemples. ” La Commission européenne et les États membres de l’UE continuent d’imposer de multiples barrières, notamment pour le porc, le bœuf, le canola, le sucre et les céréales. La réduction ou l’élimination prévues dans le cadre de l’AECG de plusieurs barrières au commerce ont été reléguées aux oubliettes. À titre d’exemple, la réglementation italienne sur l’étiquetage d’origine des pâtes (COOL), est préjudiciable aux exportateurs de blé. De plus, elle est contraire aux engagements pris par l’UE dans le cadre de l’AECG et contraire aux lois de l’UE. Pire encore, la manœuvre risque d’être copiée pour d’autres produits ailleurs en Europe”, peut-on lire dans la lettre envoyée au premier ministre Justin Trudeau.

L’économiste en chef de Financement agricole Canada, Jean-Philippe Gervais, a d’ailleurs partagé des tableaux de Statistique Canada montrant une diminution de la valeur des exportations canadiennes vers l’Union européenne dans les dernières années. L’année 2019 fait exception, mais est liée à une hausse des exportations de canola.Image

L’Alliance voit un dangereux glissement pour le Canada dans le non-respect de l’entente. Il s’agirait d’un incitatif pour d’autres pays à ne pas respecter leurs propres engagements commerciaux à l’égard du Canada, surtout à une époque où les tentations protectionnistes sont importantes. Il s’agirait enfin d’un élément qui aiderait à la relance économique du pays dans le contexte de pandémie en soutenant le secteur agricole.

L’ACCA incite donc le gouvernement à utiliser le concept de l’Équipe Canada qui a aidé au renouvellement de l’ALENA, en plus de permettre d’éliminer à deux reprises des tarifs américains sur des produits canadiens.

 

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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