L’Afrique veut riposter rapidement contre la grippe aviaire

Libreville (Afrique), mars 2006 – Quarante-six pays d’Afrique se sont réunis à Libreville autour des Nations unies pour organiser rapidement une riposte à l’épidémie de grippe aviaire qui, ont souligné les experts, fait planer le risque d’un désastre majeur sur le continent noir.

« L’apparition du virus de la grippe aviaire en Asie du Sud-Est, en Europe et récemment en Afrique constitue pour la communauté internationale un grave sujet de préoccupation », a déclaré le président gabonais Omar Bongo Ondimba en ouvrant les travaux de la conférence, qui doivent s’achever mercredi.

« Pour nous Africains, il s’agit de surcroît d’un défi supplémentaire qui vient se greffer aux maux déjà connus tels que la pauvreté, le sida, le paludisme et bien d’autres », a ajouté l’hôte de la réunion.

Officiellement, seuls quatre pays africains (Cameroun, Egypte, Niger, Nigeria) ont pour l’heure diagnostiqué la présence du virus H5N1 sur leur territoire. Et une seule victime humaine africaine de la maladie a jusqu’à présent été recensée, en Egypte.

Mais, comme l’ont rappelé lundi tous les spécialistes, la présence d’autres foyers infectés ne fait plus guère de doute sur un continent qui, en outre, cumule nombre de handicaps susceptibles de transformer l’épizootie en une redoutable pandémie.

En France, le ministre des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy, a estimé en tout qu’une quarantaine de pays africains pourraient être touchés par l’épizootie, faisant craindre sur ce continent un risque « plus important qu’ailleurs » de recombinaison du virus.

« Nous estimons que le foyer de grippe aviaire du Nigeria pourrait entraîner la contamination d’une quarantaine d’Etats », explique le ministre, par ailleurs docteur en médecine et ancien ministre de la Santé, dans une interview à paraître mardi dans le Quotidien du médecin.

« La proximité entre humains et animaux dans les concessions familiales et les exploitations agricoles, le manque d’information des communautés et la couverture insuffisante en services vétérinaires constituent des obstacles à la prévention précoce », a souligné le directeur de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour l’Afrique, le Dr Luis Gomes Sambo

« Notre continent connaît la plus faible capacité d’infrastructures en matière de santé publique (…) à défaut d’une préparation adéquate et d’une campagne de sensibilisation coordonnée et acharnée, nos pays risquent d’être rapidement submergés », a renchéri son collègue du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) Gilbert Fossoun Houngbo.

Outre cette grave menace sanitaire, la propagation de la grippe aviaire pourrait se doubler d’un désastre économique et alimentaire majeur causé par des abattages massifs de volailles.

« La réduction massive et soudaine du cheptel entraînera inévitablement non seulement une perte de revenus mais aussi et surtout une perte de sources de revenus et d’alimentation (…) l’impact socio-économique et le risque de psychose ne sont pas à sous-estimer », a insisté M. Fossoun Houngbo.

Les spécialistes se sont félicités lundi de la mise en place dans la plupart des pays africains de plans nationaux de prévention et de riposte.

Mais leur efficacité reste douteuse, faute de moyens financiers.

Les gouvernements « ne disposent pas des ressources nécessaires pour mettre en place les mesures minimales requises pour commencer à appliquer leur plan », a constaté au Nigeria, au Niger, au Cameroun, au Bénin et au Tchad une mission de l’Onu qui a publié ses travaux lundi.

« Des efforts plus grands doivent être faits pour stopper la maladie à sa source, chez les animaux », a souhaité le directeur régional du Fonds des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) Anebi Edache. « Cela nécessite un apport massif de fonds, de matériel et de ressources humaines pour lequel nous comptons sur les bailleurs de fonds ».

La communauté internationale s’est engagé en janvier à Pékin à débloquer 1,9 milliard de dollars pour lutter contre l’épizootie. Mais, comme l’a regretté le Dr Gomes Sambo, « l’engagement ne s’est pas encore matérialisé ».

Source : AFP

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO)
http://www.fao.org

Organisation mondiale de la santé (OMS)
http://www.who.int/

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