L’agriculture, malade de ses succès, doit repenser son avenir

Rome (Italie), 10 mai 2001 – L’agriculture paye aujourd’hui le prix des succès remportés dans un passé récent, notamment dans la production alimentaire, et doit complètement repenser son avenir pour sortir de la crise actuelle, a déclaré à l’AFP Louise Fresco, directrice du département agriculture de l’Organisation de l’ONU pour l’agriculture et l’alimentation (FAO).

Une « crise de confiance généralisée » de la part des consommateurs touche l’agriculture, qui tout en ayant notablement augmenté sa production et permis de sortir des centaines de millions de personnes de la famine ces dernières décennies, est accusée aussi d’être à l’origine des crises comme celles de « la vache folle » ou de la fièvre aphteuse, ou d’utiliser de manière abusive les produits chimiques ou les organismes génétiquement modifiés (OGM).

Selon Mme Fresco, l’agriculture peut sortir de cette crise en repensant son modèle de développement et en le fondant sur « une micro-gestion » destinée à trouver des « solutions spécifiques » à des problèmes concrets, c’est-à-dire en allant dans le sens d’« une agriculture ciblée ».

A titre d’exemple, Mme Fresco cite le SIG (Système d’information géographique) qui permet aux agriculteurs américains d’installer sur un tracteur un ordinateur qui leur donnera exactement, en liaison avec un satellite, la composition du sol qu’ils travaillent, son humidité ou sa teneur en azote, réduisant ainsi en grande partie l’utilisation de produits chimiques ou la consommation d’eau grâce à une information précise.

Le même principe peut être actuellement appliqué en Afrique avec une carte détaillée des sols, selon la responsable du département agriculture en rappelant que cette « agriculture de précision » est connue depuis longtemps dans certaines zones de l’Afrique, au Soudan par exemple où une femme cultivait jusqu’à « 30 à 40 espèces de plantes différentes ».

L’avenir de l’agriculture est donc « pluriel », un modèle unique ne permettant pas de résoudre tous les problèmes.

Ainsi par exemple, un élevage intensif, avec des bêtes élevées sur de petites superficies dans des fermes-usines, sera indispensable à l’avenir également, surtout autour des mégalopoles qui devront nourrir à des prix contenus des dizaines de millions de personnes.

Outre la « micro-gestion », l’agriculture du futur devra faire davantage appel à la biotechnologie, c’est-à-dire l’utilisation d’organismes vivants, qu’aux OGM, « pas très utiles pour la majorité des paysans pauvres », selon Mme Fresco.

L’agriculture doit encore résoudre son « problème fondamental : nourrir le monde entier malgré la hausse de la population », sachant qu’aujourd’hui 826 millions de personnes souffrent de sous-alimentation chronique.

Les modèles mathématiques montrent que l’agriculture peut nourrir encore de nombreux milliards de personnes, mais elle devra faire face également à la désaffection des jeunes pour ce secteur ainsi qu’au vieillissement de la main-d’oeuvre, souligne Mme Fresco.

En tout état de cause, l’agriculture intensive, qui a encore de beaux jours devant elle, spécialement en Afrique, l’agriculture s’appuyant sur la biotechnologie et tout autre modèle de développement agricole devront intégrer des « contrôles rigoureux des maladies des bêtes, de la qualité sanitaire et vétérinaire des produits », souligne la responsable de la FAO.

« Après l’environnement, la santé est devenue une nouvelle priorité, mettant en cause la crédibilité de la science et de l’agriculture », a indiqué Mme Fresco, tout en rappelant que « le consommateur doit accepter le fait qu’il n’y a pas de risque zéro » dans ce domaine.

La FAO organise en novembre prochain à Rome un « Sommet de l’alimentation plus cinq » afin d’« examiner les progrès accomplis dans l’application des recommandations et du plan mondial de l’alimentation » alors que, selon elle, l’objectif « de réduire de moitié le nombre des sous-alimentés ne sera pas atteint avant 2030, soit 15 ans plus tard qu’envisagé ».

Source : AFP

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO)

http://www.fao.org

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