L’aviculture française confrontée à une nouvelle crise

Rennes (France), 29 mars 2002 – La filière avicole française, qui avait bénéficié à la fin de l’année 2000 de la crise de la vache folle, se trouve confrontée depuis quelques mois à une nouvelle crise dont les premières victimes sont les éleveurs, concentrés en majorité dans le Grand Ouest.

Les représentants de la filière ont été reçus jeudi par le ministre de l’Agriculture François Patriat, qui s’est déclaré prêt à soutenir ce secteur, l’un des plus fragiles de l’agriculture.

Après l’embellie due notamment à la deuxième crise de la vache folle, à la fièvre aphteuse et à la peste aviaire (ou « grippe du poulet ») qui avait touché l’Italie, la volaille se retrouve dans le rouge depuis environ six mois.

Les quelque 7000 éleveurs de volailles en France, dont plus de la moitié sont concentrés en Bretagne et dans les Pays de la Loire, ont dû subir depuis environ deux mois une baisse de leur revenus de l’ordre de 30%, « imposée par les grandes firmes » selon la Confédération paysanne.

« La crise n’a jamais été aussi grave, en particulier pour la dinde. Le gouvernement apporte des réponses conjoncturelles, or il s’agit d’une crise structurelle », a estimé Claude Jotreau, président du Comité interprofessionnel de la dinde française (Cidef).

Les avis divergent chez les professionnels quant aux solutions pour mettre fin à cette crise dont les causes sont multiples: surproduction, baisse de la consommation, même pour les produits labelisés, et accroissement de la concurrence étrangère.

« Les quelques grands groupes industriels qui tiennent toute la filière ont parié sur le malheur des autres lors de la crise de l’ESB, et ils ont développé la mise en place de poulaillers, d’où la surproduction », a expliqué René Louail, porte-parole de la Confédération paysanne.

« Maintenant ils viennent quémander des aides à l’Etat alors qu’ils n’ont pas été capables eux-mêmes de réguler la production », a-t-il déploré.

La Confédération paysanne dénonce l’organisation du marché, « entièrement soumis à quelques grands groupes industriels », et souhaite mettre l’accent sur une désintensification de la production dans cette filière fragile, où la productivité est quatre fois supérieure à la filière porcine, et vingt fois supérieure à la filière bovine.

Les professionnels, eux, affirment que l’ampleur de la crise n’était pas prévisible et pointent du doigt l’explosion des exportations, notamment en provenance du Brésil et de la Thaïlande.

Ces pays exportent massivement et à bas prix des produits découpés, salés ou saumurés, profitant de droits de douanes réduits, vers l’Allemagne, les Pays-Bas et la Grande-Bretagne, qui les transforment en produits élaborés.

« Cela entraîne la suppression des débouchés traditionnels des produits français dans le marché communautaire, et les entreprises sont obligées de brader les prix », souligne Jacques Mathieu, président des Coopératives agricoles de l’Ouest (CCAOF).

« Dans l’Ouest, la filière avicole s’est construite essentiellement sur les exportations. Aujourd’hui, elle a perdu de sa compétitivité, et il va falloir la réadapter face aux nouveaux marchés », estime Francis Ranc, président de la Fédération des industries avicoles.

Source : AFP

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Confédération paysanne

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