Le Brésil maintient l’interdiction des OGM mais les pressions montent

Rio de Janeiro (Brésil), 7 mars 2003 – Le gouvernement de Lula a maintenu l’interdiction des cultures transgéniques au Brésil, second producteur mondial de soja et qui exporte près de 80% de sa production vers l’Europe fermée aux transgéniques, alors que les pressions augmentent pour les autoriser.

La décision a été prise après une réunion entre le président Luiz Inacio Lula da Silva et une commission interministérielle, selon le porte–parole de la présidence, André Singer.

Néanmoins, le chef de l’Etat a demandé aux ministres de trouver des mécanismes juridiques pour permettre de « commercialiser la récolte de soja génétiquement modifiée », plantée l’année dernière dans le sud du Brésil, « par omission » du gouvernement précédent et qui a créé un « sérieux problème économique et social ».

Cette production illégale est estimée à un milliard de reals (quelque 300 millons de dollars). L’une des préoccupations du gouvernement Lula est d’écouler ces six millions de tonnes de soja transgénique ––sur une production totale de 49,6 millions de tonnes au Brésil–– et d’éviter de les détruire alors que la priorité du gouvernement est l’éradication de la faim avec le programme « Faim Zéro ».

Les graines de soja transgénique sont entrées en contrebande dans le Rio Grande do Sul (extrême sud du Brésil) en provenance de l’Argentine voisine, seul pays d’Amérique latine à autoriser les OGM.

« Nous avons acquis les graines, en provenance d’Argentine, il y a cinq ans », a déclaré vendredi à la TV Globo News, un agriculteur du Rio Grande do Sul, filmé de dos.

Le gouverneur de cet Etat qui n’exporte que 24% de sa production, Odacir Klein, a déclaré vendredi à la radio CBN « espérer que les transgéniques seraient bientôt autorisés car sinon le Brésil allait prendre du retard technologique ». Il a souligné que les seuls exportateurs mondiaux de soja sont le Brésil, les Etats–Unis et l’Argentine, ces deux derniers produisant des OGM.

Jeudi, le ministre du Développement, l’industriel Luiz Fernando Furlan, a défendu une position « pragmatique » en prêchant la coexistence des produits traditionnels et génétiquement modifiés.

« Nous voulons mettre le Brésil dans la meilleure position possible sur le marché international. Il pourra approvisionner l’UE (fermée aux OGM) tout en produisant des OGM. Il pourrait même y avoir des ports séparés pour qu’il n’y ait pas de mélange de produits au moment de l’embarquement », a–t–il dit. Il a relevé néanmoins, que les produits traditionnels devraient avoir un meilleur prix sinon « tous les producteurs vont opter pour les OGM qui sont plus rentables ».

La ministre de l’Environnement, Marina Silva du Parti des Travailleurs (PT–gauche), parti au pouvoir, préfère quant à elle attendre de nouvelles enquêtes sur les transgéniques avant de les autoriser et 19 parlementaires du secteur agraire du PT sont totalement opposés aux OGM dans le pays.

Récemment, le ministre de l’Agriculture, Roberto Rodrigues (sans étiquette) s’est déclaré favorable à la destruction du soja transgénique du Rio Grande do Sul.

Un rapport réalisé en 2000 par un député du PT, Fernando Ferro et des organisations non gouvernementales (dont Greenpeace) a dénoncé le fait que « le Brésil est en train de devenir un grand laboratoire à ciel ouvert de la multinationale américaine Monsanto ».

Des quelque 792 hectares plantés de transgéniques (à titre expérimental), 91,8% sont en effet des expériences du groupe Monsanto (soit 726,9 ha), selon ce rapport. De plus, Monsanto a reçu du gouvernement fédéral 50% des ressources du Fonds pour le Développement du Nord–Est soit quelque 150 millions de dollars, pour construire une immense fabrique de pesticides à Salvador de Bahia, ce qui a entraîné l’ouverture d’une commission parlementaire d’enquête.

Source : AFP

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Monsanto
http://www.monsanto.com/

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