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Le Canada en zone de turbulences?

La discussion avec l’économiste en chef de Financement agricole Canada, Jean-Philippe Gervais, était prévue depuis longtemps, mais ne pouvait mieux tomber en raison du contexte actuel. Le niveau d’incertitude s’est en effet multiplié depuis le début d’année : référendum en faveur du Brexit, remise en question par la Wallonie de l’accord de libre-échange avec l’Union européenne et élection de Donal Trump aux États-Unis qui propose de mettre un terme à l’accord Transpacifique et de renégocier l’ALENA.

Tout en admettant qu’une levée du protectionnisme se fait sentir dans les échanges internationaux, M. Gervais avance que la position du Canada est enviable dans le secteur agricole, tel que le démontre le rapport Commerce et productivité de l’agriculture canadienne. « Il faut regarder le long terme, malgré le contexte. En 2016, le climat demeure positif et le Canada fait figure de leader en étant en mesure de répondre à la croissance de la demande, que ce soit par rapport aux pays du BRIC ou des pays émergents. »

L’économiste rappelle que le Canada se situe en 5e position quant à la performance et figure parmi le top 10 des pays pour les 13 produits agricoles les plus en demande dans le monde.

Plus que l’incertitude économique et politique, M. Gervais indique qu’il existe un fort lien entre performance sur le plan des échanges commerciaux et productivité. Le Canada a toujours fait bonne figure dans les 40 dernières années, avec un léger passage à vide dans les années 1970. Il remarque toutefois un glissement de la productivité dans les dernières années. La tendance pourrait nuire à sa performance si elle devait s’accentuer. Pour le long terme, le niveau de productivité doit demeurer important pour que le Canada conserve son rang actuel, ce qui implique à court terme que les entreprises doivent demeurer efficaces pour faire face aux baisses de prix imposées par la concurrence.

Les Pays-Bas pourraient inspirer le Canada. Le pays européen fait en effet très bonne figure sur les échanges internationaux, malgré sa population relativement faible et sa superficie de terres arables. La productivité des Pays-Bas a explosé dans les dernières années, entre autres grâce à la coordination et les alliances stratégiques établies dans le secteur agricole. Le pays est aussi reconnu pour l’innovation dans l’équipement agricole.

Bien que les perspectives soient positives à long terme, l’économiste a l’impression qu’un cycle s’achève. « Beaucoup de records ont été battus (au niveau des récoltes) et il y a un plafonnement des revenus. Le premier réflexe à avoir dans ce contexte est de travailler sur ses trois principaux postes de dépense afin d’être plus performant. Mais le contexte demeure encore fort positif », fait-il valoir. Les pays continueront à avoir des échanges économiques entre eux. Le retrait des États-Unis pourrait même créer des occasions intéressantes pour le Canada. D’autre options sont aussi envisageables, comme le laissait entendre le Japon, en établissant des ententes bilatérales, une formule qui a bien fonctionné dans le passé pour le Canada.

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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