Le coût de la grippe aviaire relègue au second plan les craintes de pandémie

Paris (France), 17 mars 2006 – L’extension de la grippe aviaire, dont le virus vient d’être détecté dans six nouveaux pays, frappe de plein fouet les économies des pays touchés et relègue au second plan les craintes de pandémie humaine.

La Commission européenne a ainsi interdit vendredi les importations de volailles vivantes, viande de volaille, oeufs et produits dérivés en provenance d’Israël, après la détection, sur des cadavres de dindes, du virus H5N1, la version la plus pathogène de la grippe aviaire.

Israël – qui exporte pour plus de 10 millions d’euros de volailles vivantes et tuées vers l’UE – est le dernier pays en date frappé par l’épidémie animale. Onze mille dindes y ont été découvertes mortes et les analyses ont confirmé la présence du virus.

Peu auparavant, le virus avait été détecté coup sur coup chez un chien errant, en Azerbaïdjan, une buse au Danemark, et des milliers de volailles, en Afghanistan, Birmanie, Malaisie et République démocratique du Congo.

En Europe, plusieurs pays ont déjà été confrontés au virus H5N1, et connaissent un effondrement des ventes. Conséquence : le marasme dans lequel se trouvent les éleveurs a, pour l’instant, nettement supplanté les inquiétudes sur une éventuelle transformation du virus susceptible de donner naissance à un virus « humanisé » capable de passer d’homme à homme.

Une perspective qui donne cependant des sueurs froides aux experts sanitaires car le virus ne se contenterait plus de décimer des volatiles mais pourrait provoquer une épidémie mondiale de grippe humaine extrêmement pathogène.

Pour faire face à la crise que connaissent les aviculteurs, le ministre français de l’Agriculture, Dominique Bussereau, demandera lundi à l’Union européenne de venir en aide aux aviculteurs contraints d’abattre leurs volailles.

La France est soutenue dans sa démarche par l’Irlande, mais la commission européenne a déjà fait savoir qu’elle préfèrerait que l’argent sorte plutôt de la bourse des Etats que de la communauté.

Dans les pays moins avancés avancés, l’abattage des volailles est aussi la règle, mais les remboursements accordés par tête sont bien modestes.

En Inde, dans l’Etat du Maharashtra, dans l’ouest du pays, 45 000 volailles ont été tuées depuis mardi. La volaille abattue y est payée 40 roupies, un peu moins d’un dollar.

En Malaisie, les autorités ont, elles aussi, mis en oeuvre vendredi un abattage massif de volailles dans le nord du pays.

« Depuis la nuit dernière, jeudi, nous avons abattu 39.588 volailles, des canards et des poulets », a indiqué un responsable des services vétérinaires, Wan Mohamad Kamil. « Nous prévoyons d’en abattre une cinquantaine de milliers dans les prochains jours », a-t-il ajouté.

Abattage massif aussi en Birmanie, où des experts internationaux sont arrivés vendredi pour évaluer l’aide nécessaire.

Dans ces pays, où, selon les experts sanitaires, l’apparition d’une « grippe aviaire humaine » provoquerait des ravages, les scientifiques multiplient les études pour être en mesure d’y répondre.

Au Vietnam, en Thaïlande et en Indonésie, des chercheurs viennent de lancer une étude sur deux ans afin de déterminer la dose optimale de Tamiflu.

Cette décision s’appuie sur une observation faite en décembre dernier par des biologistes de l’Institut des maladies tropicales de Ho Chi Minh-Ville qui avaient constaté des signes de résistance au médicament chez deux jeunes Vietnamiennes mortes de la grippe aviaire.

Peu après, Roche avait fait savoir que son médicament pourrait s’avérer plus efficace à plus haute dose.

Dans cette perspective, Roche a annoncé hier jeudi une augmentation de sa capacité de production, qui passera de 300 à 400 millions de traitements d’ici la fin de l’année. Le laboratoire a aussi, de manière tout à fait inhabituelle, appelé les gouvernements à constituer des stocks de son médicament.

Le Tamiflu ne guérit pas de la grippe aviaire, qui a tué une centaine de personnes depuis fin 2003, mais atténue ses effets sensiblement s’il est pris très rapidement après la contamination.

Source : AFP

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