Le rapport Pronovost : tabletté oui ou non?

St-Hyacinthe (Québec), 11 février 2009 – Le rapport Pronovost a-t-il été tabletté? Voilà la question qui a été le plus souvent posée à l’Union paysanne durant la dernière année et auquel nous avions répondu par la négative…mais cela pourrait changer.

Ce 12 février, nous fêterons le 1er anniversaire du dévoilement du rapport de la Commission sur l’Avenir de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire qui fût, selon l’avis de plusieurs, l’une des plus réussies du Québec moderne. Avec des consultations publiques tenues dans 27 municipalités, 720 mémoires et des études externes, elle témoigne d’un exercice démocratique exemplaire.

Son rapport final de 272 pages est le fruit d’un formidable travail de synthèse qui tout en faisant les constats nécessaires, édicte les chemins à prendre pour redonner de l’oxygène à notre agriculture. Les gens parlent désormais de l’avant rapport Pronovost et de l’après afin de témoigner de l’onde de choc créée par ce rapport.

Les ondes de choc
La première onde de choc ne réside pas dans une quelconque controverse du rapport mais plutôt parce qu’il marque la fin d’une époque, celui du bipartisme (État et UPA). La pluralité de notre agriculture ressort en filigrane des 13 chapitres du mémoire et constitue une reconnaissance que l’agriculture est devenue un enjeu de société1 appartenant à l’ensemble des québécois.

La seconde onde de choc vient de la justesse des constats émis par les commissaires qui ont révélé une agriculture, il faut se le dire, en voie de disparition. Les chiffres se sont avérés durs et implacables, mais malgré cela, le rapport a reçu un accueil plus que chaleureux de l’ensemble des acteurs de l’agroalimentaire. Comme si tous convenaient de la nécessité de regarder les choses en face…..sauf l’Union des Producteurs Agricoles.

Le roi est nu
La grande perdante est bien sûr l’UPA qui a été pointée du doigt tout au long de la commission ainsi que l’étouffement général que cette organisation applique au monde agricole. Tous ont bien sûr compris que lorsque la commission déclarait que le ministère de l’agriculture n’exerçait plus de gouvernance en agriculture, c’est parce qu’elle avait été transférée à ce syndicat aux méthodes soviétiques. D’ailleurs plusieurs intervenants ont qualifié le rapport de chute du mur de Berlin…c’est peu dire.

Trêve agricole
La création de la CAAAQ faisait suite à une série de crises en agriculture jumelées à une vive contestation de l’UPA. Ses travaux ont permis une accalmie relative en mettant tous les acteurs du monde agricole et citoyen dans une position d’attente face aux résultats. La suite est désormais connue : un rapport d’une qualité exceptionnelle qui a reçu l’adhésion générale sauf de l’UPA qui s’est isolée encore plus. 24 heures plus tard, le gouvernement Charest rejetait la recommandation 47 visant à mettre fin à son monopole syndical, jetant de l’eau froide au visage de la démocratie.

Malheureusement, cette action bien précise a laissé planer tout au long de l’année des soupçons sur les actions entreprises par le ministre Laurent Lessard. Soupçons qui viennent d’augmenter lors des dernières élections par la réaffirmation du monopole de l’UPA et de la création d’un comité bipartite avec eux par le premier ministre Charest.

Les rencontres que nous avons effectuées avant les Fêtes et en ce début d’année démontrent que l’accalmie en agroalimentaire accordée par le rapport Pronovost ne tiendra pas longtemps.

Plus de temps à perdre
Le rapport Pronovost constitue une des dernières bouées de sauvetage du monde agricole québécois. L’Union paysanne croit qu’une libéralisation accrue des marchés est à prévoir, qui mettra à mal le modèle de gestion de l’offre de l’UPA qui n’a aucun plan B. Cette libéralisation couplée aux taux d’endettement des fermes du Québec créera une conjoncture qui accélérera la disparition de nos fermes déjà sous respirateur artificiel. C’est pour cela que le rapport Pronovost parlait constamment du besoin d’oxygène.

M Lessard L’Union paysanne a défendu le bilan global de M. Lessard en 2008, mais 2009 fera foi de sa volonté réelle de poursuivre dans la veine du rapport Pronovost. Le principal reste à faire : réorienter les subsides en agriculture vers un modèle viable et durable, réformer la loi sur la mise en marché des produits agricoles, redonner de l’autonomie aux agriculteurs face à la mise en marché collective, ouvrir la protection du territoire agricole à la multifonctionnalité et rétablir un réel droit d’association en agriculture, ce qui est plus qu’urgent.

Sur ce dernier point, rappelons que M Lessard a déjà témoigné de sa capacité à réaliser une telle tâche. Lorsqu’il était ministre du travail, il a défendu la loi 135 sur les relations du travail dans l’industrie de la construction accordant ainsi plus de liberté syndicale aux travailleurs. Il ne reste peut-être que Jean Charest qui doit être convaincu que plus de démocratie se traduit toujours par plus d’appui populaire.

L’Union paysanne témoigne que le rapport Pronovost a balisé le chemin, mais qu’il est urgent de s’y aventurer. Depuis 8 ans nous nous sommes dressés devant l’UPA afin de défendre ce qui reste de notre agriculture et nous le ferons encore, mais un peu d’aide du gouvernement serait apprécié.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire québécois (CAAAQ)
http://www.caaaq.gouv.qc.ca/

Ministère de l’agriculture des pêcheries et de l’alimentation du Québec (MAPAQ)
http://www.mapaq.gouv.qc.ca

Union des producteurs agricoles (UPA)
http://www.upa.qc.ca/

Union Paysanne
http://www.unionpaysanne.com/

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