Le sommet sur le Développement durable s’attaque à la délicate question de l’agriculture

Johannesburg (Afrique du Sud), 27 août 2002 – Le Sommet de la Terre rentre dans le vif du sujet avec le volet de l’agriculture. En ce deuxième jour du sommet des Nations unies sur le développement durable, les délégués s’en sont pris aux subventions accordées par les pays riches à leurs agriculteurs et ont appelé à une accélération des efforts internationaux pour partager les nouvelles techniques agricoles avec les pays en développement.

De nombreux délégués ont vivement critiqué les subventions agricoles européennes et américaines, soulignant que ces aides rendaient plus difficile la concurrence pour les paysans des pays du tiers-monde.

Les pays en développement espèrent que le plan d’action qui sera adopté préconisera une réduction voire l’élimination des « subventions nocives pour l’environnement et qui faussent le marché ». L’octroi de subventions favorise en effet une agriculture productiviste et intensive.

Les militants alternatifs soulignent de leur côté que les subventions massives ne font rien d’autre que de protéger des systèmes agricoles inefficaces.

« L’agriculture intensive ne serait pas possible sans ces subventions », a déploré lors du sommet Vandana Shiva, une agricultrice biologique indienne et qui milite à la tête d’une organisation de défense des droits de la femme.

Les pays riches s’opposant à ce type d’argumentation, la question risque fort de ne pas être réglée à Johannesburg. « Il faut s’attendre en étant un peu réaliste à ce qu’aucun pays ne prenne d’engagement déterminant sur ces questions », a commenté le ministre sud-africain du Commerce Alec Erwin.

Parallèlement à la suppression de ces subventions, les pays en développement tentent d’obtenir de nouvelles aides ainsi qu’un plus grand accès aux techniques et aux marchés occidentaux. Or les Etats-Unis refusent de fixer toute nouvelle aide ciblée ou un calendrier tout en réclament que les bénéficiaires de ces aides réduisent la corruption.

Pedro Sanchez, ancien directeur du Centre international de recherches agroforestières, a recommandé que les pays riches s’engagent à consacrer l’équivalent de 5% de l’argent qu’ils dépensent en subventions agricoles pour combattre la faim dans les pays en voie de développement. « Cela ne sert à rien d’avoir des enfants en bonne santé s’ils doivent mourir de malnutrition », a-t-il souligné. « Il ne sert à rien d’être un écologiste avec le ventre vide ».

On estime à 800 millions le nombre de personnes souffrant de la faim alors qu’environ les deux tiers des terres agricoles sont affectées par la dégradation des sols.

Selon les délégués, les nouvelles connaissances notamment en matière d’engrais pourraient permettre d’inverser cette tendance mais ces techniques doivent être partagées avec le monde en développement. « Nous pouvons faire reculer la faim immédiatement », a affirmé M.S Swaminathan, un agronome.

Quelque 150 000 paysans en Afrique utilisent de nouvelles technologies durables en matière d’engrais et d’enrichissement des sols. Grâce à cela, a ajouté Pedro Sanchez, ces agriculteurs sont bien plus productifs: « Cela peut être fait. La question est de savoir si nous avons la volonté politique de l’entreprendre ».

Source : AP

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