Les 25 arrachent un accord agricole pour montrer que l’UE fonctionne encore

Luxembourg (Luxemboug), 21 juin 2005 – Trois jours après l’échec du sommet de Bruxelles sur le budget communautaire, les ministres européens de l’Agriculture ont tout fait pour décrocher à Luxembourg un accord sur le développement rural, afin de montrer que l’Europe est encore capable d’avancer.

Dès le début de la réunion, la présidence luxembourgeoise de l’UE, qui cèdera les rênes de l’Europe au Royaume-Uni à la fin du mois, avait mis en garde contre un nouveau revers.

Pour le ministre luxembourgeois de l’Agriculture, Fernand Boden, il n’était pas question « de rester 10 heures en réunion » pour échouer une nouvelle fois à trouver un consensus.

Vendredi, après 15 heures de négociations marathon, le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker n’avait pu que constater l’incapacité des dirigeants de l’Union européenne à s’entendre sur le budget communautaire 2007-2013.

Le fiasco a aggravé un peu plus la crise ouverte par le double non franco-néerlandais à la Constitution.

Le Luxembourg était donc venu lundi avec la ferme intention d’arracher un compromis d’autant plus symbolique qu’il porterait sur la politique agricole commune (PAC), au coeur de la controverse budgétaire.

Et à 22H30 (20H30 GMT), M. Boden a pu annoncer, « fier », un accord unanime démontrant que « l’Europe est encore capable de prendre des décisions importantes », de « faire preuve de solidarité et de compréhension mutuelle ».

Ce compromis, qui simplifie les règles d’attribution des fonds communautaires pour le développement rural, est une preuve que « l’Europe est toujours en vie » et pas « un canard boiteux », a renchéri la commissaire européenne à l’Agriculture, Mariann Fischer Boel.

La présidence et la Commission européenne ont saisi l’occasion pour voler au secours de la PAC, attaquée sans relâche ces derniers temps par le Royaume-Uni, qui refuse de remettre en cause son rabais au budget communautaire sans une révision des dépenses agricoles.

Lundi encore, le Premier ministre britannique Tony Blair a justifié sa fermeté sur le sujet en affirmant que l’UE ne pouvait, face à la mondialisation, « attendre dix années ou plus pour les changements nécessaires » dans la structure de son budget.

La PAC, « seule politique européenne complètement financée par des fonds européens », est « une pierre angulaire de l’intégration européenne » et donc particulièrement « importante pour nos nouveaux Etats membres », a défendu Mme Fischer Boel.

L’accord sur le développement rural « donne un signal clair aux agriculteurs », a ajouté M. Boden. « Ils peuvent avoir confiance que des décisions sont prises en leur faveur et qu’on ne parle pas seulement d’eux comme (des gens) qui consomment inutilement l’argent communautaire ».

Pour la France, principale bénéficiaire de la PAC, il n’est pas non plus question de laisser les attaques britanniques sans réponse.

D’autant plus que la majeure partie des dépenses de la PAC (aides directes aux exploitants et dépenses de soutien au marché) ont été plafonnées et sanctuarisées jusqu’en 2013 par un accord européen unanime en octobre 2002.

« Que ceux qui n’ont pas accepté de discuter (au sommet) ne pensent pas que nous baisserons la garde plus tard. Notre détermination est intacte », a martelé à Luxembourg le ministre français de l’Agriculture, Dominique Bussereau.

« Nous sommes sûrs de nos arguments, de leur justesse », a-t-il ajouté, en rappelant « à tous ceux qui ont dit que la PAC prenait une part trop importante dans le budget (…) ce qu’elle apportait à l’Europe en matière sanitaire, ce qu’elle coûterait si elle était nationalisée ».

Source : AFP

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