Les agriculteurs français défendent leur droit à une vie décente

Paris (France), 22 novembre 2002 – Fin de crise entre les agriculteurs et la grande distribution. Peu après la signature d’une convention entre les deux parties qui prévoit la « transparence des pratiques commerciales », les militants de la FNSEA et des Jeunes agriculteurs ont commencé à lever les barrages bloquant plus de 60 centrales d’approvisionnement des grandes surfaces.

« Après des discussions tendues, nous venons de signer une convention engageant la distribution à de nouvelles politiques commerciales », a expliqué le président de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) Jean-Michel Lemétayer à la sortie d’une réunion organisée dans la matinée à Paris entre représentants des agriculteurs et de la grande distribution.

Tout en soulignant que chacun avait reconnu l’existence des pratiques « abusives » des grandes surfaces, le dirigeant syndical a appelé à la levée des barrages qui bloquaient depuis mercredi soir les plateformes d’approvisionnement des enseignes de la grande distribution. Une opération qui, selon la FNSEA, devait être terminée en début de soirée. En Haute-Garonne, où des tensions ont émaillé les barrages installés à Colomiers et Tournefeuille, près de Toulouse, les agriculteurs ont quitté les lieux dès le début de l’après-midi.

Jean-Michel Lemétayer a salué la mobilisation des agriculteurs pendant les deux jours d’action. C’est « grâce à (elle) que nous avons pu faire comprendre au gouvernement de faire appliquer la loi et à la distribution de changer d’état d’esprit », a-t-il dit.

Le président des Jeunes agriculteurs Jérôme Despey, également présent à la réunion, a toutefois prévenu que les agriculteurs entendaient rester vigilants « dans les semaines et mois qui viennent », avant d’estimer que cet accord pouvait « être un nouveau départ ».

De son côté, le président de la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD) Jérôme Bédier s’est félicité de la levée des barrages. « Il s’agit d’une bonne nouvelle pour le pays que les plateformes soient débloquées. Cela permettra à tout le monde de recommencer à travailler normalement et aux clients de préparer tranquillement les fêtes de Noël », a-t-il ajouté.

La convention qui a été conclue contient « tout un ensemble d’actions concrètes sur lesquelles nous allons travailler dans les semaines qui viennent ». « Nous sommes mobilisés pour faire en sorte que les choses se passent bien. Les pratiques abusives doivent être réprimées par la loi », a-t-il également reconnu.

Dans le cadre de cette convention, les parties signataires s’engagent à « améliorer la transparence des pratiques commerciales », à « reconnaître et respecter les exigences de chaque partenaire » et à « étudier les moyens pour améliorer la promotion des produits ».

L’accord « exige » notamment la « sanction des pratiques interdites par la loi pour en obtenir la suppression », ainsi que « la transmission à la commission d’examen des pratiques commerciales (CEPC) de contrats passés entre la grande distribution et tous les fournisseurs ». Par ce texte, les parties signataires s’engagent en outre à développer une « vraie politique contractuelle », c’est-à-dire la mise en place d’un « contrat fixant le prix, le volume, la durée et la qualité du produit ».

S’agissant des « marges arrière » pratiquées par la grande distribution, Jean-Michel Lemétayer a rappelé au gouvernement l’engagement pris jeudi par le ministre de l’Agriculture Hervé Gaymard et le secrétaire d’Etat au Commerce Renaud Dutreil d’accroître les contrôles et de sanctionner en cas de pratiques « abusives ». Il a dénoncé le fait que les grandes surfaces fassent payer certains services, comme le placement en tête de gondole de certains produits, une pratique qu’il a comparée au délit de « fausses factures ».

En déplacement dans le département de la Vienne, le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin a salué le « sens de la responsabilité des dirigeants agricoles et des responsables de la distribution qui ont discuté et négocié » et souhaité que les engagements pris « soient tenus ». « Le gouvernement tiendra sa place pour faire en sorte que les relations entre producteurs et distributeurs soient améliorées », a-t-il dit.

Renaud Dutreil a pour sa part qualifié de « positif » cet accord et a tenu à « féliciter ceux qui ont conduit les deux délégations » pour « leur sens du dialogue » et « leur capacité à trouver un accord ». « Ce n’était pas évident, il y ont réussi », a-t-il commenté sur France Info. « Aujourd’hui, nous sortons de la crise ».

Source : AP

Commentaires