Les chemins de fer obtiennent des revenus excessifs au détriment des agriculteurs

Winnipeg (Manitoba), 25 mars 2008 – Les grosses compagnies de chemin de fer obtiennent des recettes déraisonnables et excessives s’élevant à plus de 100 millions de dollars par an au détriment des agriculteurs canadiens. Il s’agit de l’une des constatations clés d’une étude indépendante commandée par la Commission canadienne du blé et rendue publique aujourd’hui par des organisations agricoles canadiennes à un terminal céréalier près de Winnipeg. Les agriculteurs demandent maintenant que le gouvernement fédéral procède à un examen complet des coûts du transport ferroviaire, ce qui ne s’est pas fait depuis 1992.

« Nous ne sommes pas contre le fait que les chemins de fer font des profits. Tout le monde, les agriculteurs et les compagnies ferroviaires, doivent faire des profits pour pouvoir continuer à exister. Mais les profits des uns ne devraient pas se faire largement sur le dos des autres », a déclaré M. Bob Friesen, président de la Fédération canadienne de l’agriculture. « À un moment où la hausse vertigineuse des coûts de production sape toujours la capacité des agriculteurs de profiter de l’augmentation du prix des denrées de base, la perte de 100 millions de dollars en frais de transport par rail constitue un grave problème. »

La Fédération canadienne de l’agriculture (FCA), le Syndicat national des cultivateurs (SNC), les Keystone Agricultural Producers (KAP), la Agricultural Producers Association of Saskatchewan (APAS), les Wild Rose Agricultural Producers (WRAP) et la Commission canadienne du blé (CCB) ont tenu aujourd’hui une conférence de presse conjointe afin d’exiger la tenue d’un examen et afin de rendre publics les résultats du rapport préparé par John Edsforth, un analyste respecté du secteur ferroviaire.

L’étude estime qu’en 2006‑2007, les chemins de fer ont fait des profits qui étaient supérieurs de 175 millions de dollars (ou 6,25 $ la tonne) à ce qui était considéré comme juste et raisonnable pour le transport des céréales en vertu de l’ancienne Loi sur le transport du grain de l’Ouest, taux qui était connu sous le nom de « tarif du Pas‑du‑Nid‑du‑Corbeau » (éliminé en 1996). Cette année, l’Office des transports du Canada (OTC) a constaté que l’on a autorisé les compagnies de chemin de fer à obtenir des revenus qui étaient le triple de leurs coûts réels d’entretien des wagons et elle a réduit d’environ 72 millions de dollars par an le plafond fixé à cet égard. Cependant, il continue d’y avoir un écart d’au moins 100 millions de dollars, tandis que les chemins de fer vont en appel pour contester certains des aspects de la décision rendue par l’OTC.

« Cette étude déclenche toutes les sonnettes d’alarme pour les agriculteurs. Les résultats montrent clairement que le plafond et les frais de transport versés par les agriculteurs sont problématiques », a déclaré Ian Wishart, président de KAP. « Des mécanismes comme l’établissement d’un plafond de revenu pour le transport du grain étaient censés protéger les agriculteurs. Il faut que le gouvernement intervienne, qu’il fasse les calculs nécessaires et qu’il détermine si ces mécanismes bénéficient aux agriculteurs ou s’ils ont besoin d’être rajustés. »

Le directeur élu à la CCB, Ian McCreary, un agriculteur de Bladsworth, en Saskatchewan, a qualifié les résultats de l’étude de « choquants ».

« L’étude révèle que les chemins de fer gagnent des revenus qui sont beaucoup plus élevés que le niveau équitable qui avait été établi avec l’adoption du tarif du Pas-du-Nid-du-Corbeau. Elle fournit de solides preuves que les formules de calcul des revenus des chemins de fer sont fortement déréglées, à un moment où les services ferroviaires pour le transport du grain continuent de se détériorer. »

Pour expédier leurs céréales, la plupart des agriculteurs canadiens dans l’Ouest sont forcés d’utiliser une ligne ferroviaire appartenant soit à CN, soit au CFCP, ce qui signifie qu’il y a pratiquement un monopole en ce qui concerne le transport ferroviaire dans l’Ouest. Le dernier examen complet effectué par le gouvernement fédéral pour déterminer ce qu’il en coûte réellement aux compagnies de chemin de fer pour transporter le grain remonte à 1992. Ainsi, les coûts utilisés pour calculer les plafonds à fixer pour les revenus du transport des céréales accusent un important retard et ne tiennent pas compte des fortes diminutions qui sont survenues au cours des 17 dernières années dans le nombre des élévateurs à grains, dans le kilométrage des voies ferroviaires pouvant être utilisées, dans le service ferroviaire et dans le nombre de wagons disponibles. Les agriculteurs canadiens exhortent le gouvernement à procéder à un examen complet des coûts, parallèlement à un examen des services ferroviaires qui sera effectué sous peu, afin de brosser un tableau exact et à jour du coût réel du transport des céréales, afin de fixer des taux de transport plus équitables pour les agriculteurs.

« Les chemins de fer continuent de facturer les agriculteurs en se basant sur les coûts qui étaient en vigueur il y a 17 ans », a expliqué Glen Blakley, président d’APAS. « Les profits des chemins de fer ont augmenté, tandis que le niveau du service offert aux agriculteurs a diminué. Le moment est venu de ramener les coûts facturés par les chemins de fer à un niveau réaliste et de rééquilibrer la formule pour les agriculteurs. »

« Il semble clair que les recettes générées par le transport des céréales sont excessives, surtout lorsqu’on considère que les agriculteurs ont eu à assumer des coûts d’entreposage et de camionnage supplémentaires les obligeant en réalité à payer doublement pour les gains d’efficience des chemins de fer. Les chemins de fer ont transféré certains de leurs coûts aux agriculteurs, tout en accumulant des profits », a précisé Terry Boehm, vice‑président du SNC.

Au cours de l’année écoulée, le gouvernement fédéral a pris quelques mesures pour chercher à régler le problème du transport auquel font face les agriculteurs. Le plafond du revenu découlant du transport a été ajusté afin de tenir compte des coûts d’entretien réels du parc des wagons‑trémies. Le gouvernement a également adopté le projet de loi C‑8, portant sur les questions de service dans le domaine du transport ferroviaire.

« Je tiens à remercier le gouvernement pour les mesures qu’il a prises jusqu’à présent afin de rétablir l’équité dans le secteur du transport des céréales dans l’Ouest et particulièrement le ministre de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire, M. Gerry Ritz, qui a rencontré des dirigeants agricoles nationaux et dans l’Ouest plus tôt cette année et a fait part de son soutien pour un examen des coûts », a précisé Lynn Jacobson, première vice‑présidente de WRAP. « Maintenant, il est important pour les agriculteurs que le gouvernement passe à la prochaine étape et procède à un examen complet des coûts du transport des céréales pour les compagnies de chemin de fer. »

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Fédération Canadienne de l’agriculture
http://www.cfa-fca.ca/

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