Les fiches pédagogiques de la Fédération des producteurs de porcs font réagir

Montréal (Québec), 21 septembre 2006 – La Chaire de recherche du Canada en éducation relative à l’environnement de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) déplore le caractère tendancieux et contre-éducatif des fiches thématiques produites par la Fédération des producteurs de porcs du Québec (FPPQ), présentées comme des activités pédagogiques à réaliser avec des élèves du 3e cycle du primaire, pour leur permettre de bien comprendre ce qu’est la production porcine au Québec. Ces fiches peuvent être téléchargées à partir de l’adresse suivante : http://www.leporcduquebec.qc.ca/fppq/education-1.html#trois

Après avoir analysé leur contenu, nous estimons que certaines de ces fiches contiennent des informations incomplètes et biaisées, ce qui ne permettra pas aux enseignants, aux parents et encore moins aux enfants de saisir les enjeux complexes liés à la production porcine industrielle au Québec. S’il est question d’amener l’élève à « rechercher des informations sur un sujet précis » et de l’inviter à exercer sa pensée critique, l’objectif n’est certainement pas atteint !

Ces fiches semblent plutôt correspondre à une initiative publicitaire corporatiste de la part de la FPPQ qui s’inquiète de la montée d’une vigile critique de la part des citoyens à l’égard d’un mode de production alimentaire insoutenable, tant d’un point de vue économique que social et écologique. La production porcine industrielle pose de nombreux problèmes au Québec et traduit une vision de l’agriculture qu’il faut résolument revoir, comme l’ont désormais compris plusieurs producteurs d’ici et à plus grande échelle, certains pays plus avant-gardistes qui ont opéré un virage vers des modes de production porcine écologiques.

Selon notre analyse, les messages véhiculés par certaines fiches thématiques sont de nature à entretenir des préjugés en ce qui concerne les véritables causes des problèmes de cohabitation sociale dans les milieux concernés ainsi qu’envers les choix de production agricole alternatives, présentés comme passéistes. L’une des fiches banalise les pratiques d’élevage industrielles, comme le recours à la transgénèse, qui n’a certes pas fait l’objet d’un consensus social. Les calculs relatifs à l’exportation ne soulèvent pas la question de la viabilité de cette industrie hautement subventionnée, dans le contexte actuel de la mondialisation. Les questions de la santé humaine et animale liées à la production intensive ne sont pas abordées. Enfin, dans l’une des fiches, la FPPQ expose une opinion selon laquelle la production porcine serait menacée par un dynamique de décision qui laisse trop de pouvoirs aux municipalités; or une analyse des Lois et Règlements montre que les municipalités ont en réalité perdu une importante marge de manoeuvre pour encadrer le développement de l’industrie porcine sur leur territoire selon la volonté des citoyens. Voilà quelques exemples de commentaires critiques qui doivent être soulevés.

La Chaire de recherche du Canada en éducation relative à l’environnement salue la volonté de valoriser les métiers de l’agriculture au Québec et appuiera toute initiative qui permettra de mieux faire comprendre les réalités agro-alimentaires et de rapprocher le milieu rural du milieu urbain. Mais pour favoriser ce rapprochement, il est essentiel que le matériel pédagogique soit construit de manière éclairée, juste et respectueuse de tous les aspects du débat social qui entoure l’agriculture. Débat qui tarde à se faire et qui, visiblement, inquiète l’Union des producteurs agricoles (UPA) et ses fédérations affiliées comme la FPPQ.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Le Porc du Québec
http://www.leporcduquebec.qc.ca/

Union des producteurs agricoles (UPA)
http://www.upa.qc.ca/

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