Les OGM, remparts contre l’allergie ?

Paris (France), 7 janvier 2003 – Alors que des voix s’élèvent contre les effets potentiellement allergiques des plantes génétiquement modifiées, des spécialistes réunis à l’occasion des journées parisiennes de l’allergie ont souligné le possible intérêt des OGM dans la lutte contre ces affections.

« L’OGM est une voie fantastique pour supprimer l’allergie », a affirmé le Pr Francisque Leynadier, de l’hôpital Tenon (Paris), lors de la présentation de ces 11es journées, qui s’ouvraient mardi au Palais des Congrès à Paris. Citant le blé et la cacahuète, deux sources importantes d’allergies alimentaires (intolérance au gluten pour le premier et allergie à l’arachide pour la seconde), le Pr Leynadier a estimé qu’il pourrait être possible de « supprimer ces affections en modifiant les gènes responsables ».

Un OGM est un organisme dont l’ADN (acide désoxyribonucléique), c’est-à-dire la carte d’identité génétique, a été modifié afin qu’il présente des caractéristiques nouvelles avec l’ajout ou la transformation d’un gène. L’objectif est le même que celui des croisements ou des sélections utilisées depuis les débuts de l’agriculture pour améliorer les espèces, mais la technique est différente.

Avec les OGM, il est possible d’accroître la production en créant des espèces moins vulnérables aux agressions extérieures (mauvaises herbes, sécheresse, insectes…) ou de meilleure qualité, un riz plus riche en vitamine A ou un soja dont l’huile comporte moins de mauvais acides gras.

Mais la production à grande échelle de ces organismes génétiquement modifiés inquiète de nombreux responsables qui redoutent les risques allergiques. Un individu allergique synthétise des anticorps spécifiques (IgE), dès lors qu’il se trouve en contact avec l’allergène.

Ces allergènes sont des protéines banales, très bien supportées par les autres individus. Mais chez l’allergique, elles sont source d’asthme, d’urticaire et éventuellement de choc anaphylactique, un syndrome grave qui survient surtout après ingestion de protéines alimentaires.

Dans le domaine des OGM d’usage alimentaire, aucun cas d’allergie humaine n’a encore été signalé. Les seules données de la littérature concernent un soja transgénique, destiné au bétail, incluant un gène de la noix de cajou pour augmenter la quantité de certains acides aminés indispensables et en quantité insuffisante dans le soja. Mais la protéine exprimée à partir de ce gène dans le soja était justement l’une de celles à l’origine d’allergies à la noix de cajou. Cet OGM a été supprimé avant même sa commercialisation.

Aujourd’hui, « tous les allergènes connus ont été répertoriés », a souligné le Pr Bernard David, de l’Institut Pasteur. « Il existe une nomenclature. Avant de faire un transgène (plante ou animal génétiquement modifié, NDLR), les entreprises doivent s’assurer de son innocuité. Une question demeure toutefois, le transfert d’un gène non allergénique dans un organisme peut-il rendre ce gène allergique? »

En régle générale, toute protéine peut se réveler être un allergène. Les allergies au bouleau et au cyprès, qui étaient rares, se sont développées lorsqu’on a planté ces arbres en grande qantité. De même, il y a une dizaine d’années, il n’y avait pas d’allergie aux piqûres de moustique. Aujourd’hui, elles sont fréquentes, pouvant aller jusqu’au choc anaphylactique.

Source : AP

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