Les plantes nuisibles et les mauvaises herbes en production fourragère

*Cette année, en parcourant la province, nous pouvons noter beaucoup de champs infestés de mauvaises herbes. Un printemps pluvieux comme celui qu’on a vécu favorise l’établissement des mauvaises herbes vivaces et parfois, celles-ci sont mieux adaptées que vos cultures aux conditions froides et humides. Il serait judicieux d’opter pour l’analyse de l’impact de ces mauvaises herbes sur les prairies et ainsi adopter des moyens de lutte afin de s’assurer d’obtenir le maximum de rendement.

Comme l’indiquait Jean-Yves Cloutier en 2014 dans son article Les pissenlits, un signe qui ne trompe pas, l’apparition de mauvaises herbes dans vos prairies est un signe indéniable qu’il est temps de rénover ou d’améliorer vos champs.

Les mauvaises herbes sont ainsi un facteur qui démontre que la population de vos plantes fourragères est en diminution dans vos prairies établies. La mortalité suite au gel hivernal peut créer des trous dans le couvert végétal de vos prairies et ainsi laisser s’établir des mauvaises herbes coriaces. Il est reconnu qu’un champ infesté par les mauvaises herbes produira des plantes fourragères avec un rendement et une qualité inférieure. Dans certains cas, les mauvaises herbes peuvent s’avérer toxiques ou non appétentes. Voir en fin de texte la source Base de données sur les mauvaises herbes toxiques pour plus d’informations.

Parfois, les mauvaises herbes présentes peuvent aussi avoir une valeur nutritive. Très peu d’informations sont disponibles sur ce sujet. Une liste sur le site internet du Penn State University en donne une idée. dans le tableau suivant.

Les producteurs doivent s’assurer de bâtir les meilleures bases possibles pour l’établissement adéquat de leurs prairies. Il ne faut pas oublier que les mauvaises herbes vont entrer en compétition au niveau de l’eau, des nutriments ainsi que pour le soleil disponible pour la germination et l’établissement.  Ceci sera encore plus notable pour les prairies semées tard en saison ou en été, lorsque les quantités d’eau disponibles aux champs seront au plus bas niveau.

Stade critique sans mauvaise herbes

Il a été établi que la période critique sans mauvaises herbes lors de l’année d’implantation des plantes fourragères est entre 4 et 6 semaines suivant le semi. Il est donc important de prévoir un brûlage ou autres techniques culturales de maîtrise des mauvaises herbes à l’automne ou au printemps avant le semi pour s’assurer des conditions gagnantes d’établissement.

Un aspect souvent négligé de la lutte aux mauvaises herbes est l’importance de bien concevoir cette dernière dans le temps, tant à long terme que lors de la planification de rotation de champs. Il sera ainsi plus facile de contrôler certaines vivaces (dans la culture de céréales, de soya ou de maïs qui précédera notre semi de fourragères) à l’aide des produits et des techniques culturales propres à ces cultures, plutôt que de régler le problème une fois la prairie établie. Alors pensez-y dès cette année si vous avez l’intention de convertir des champs en prairies l’an prochain.

Avantages de la culture fourragère dans la rotation de vos cultures

À l’inverse, les cultures fourragères pourront être utilisées pour diminuer la pression de certaines mauvaises herbes dans les champs, comme le démontre ce tableau produit par l’Université du Manitoba;

Tableau 1. Dynamique des populations de mauvaises herbes dans des champs commerciaux après la culture de la luzerne par opposition à la culture de céréales. L’abondance relative est une mesure de l’abondance générale de mauvaises herbes dans le champ. La fréquence décrit le pourcentage des champs inspectés qui contenaient la mauvaise herbe en question. L’uniformité est une mesure de la répartition de la mauvaise herbe dans les champs. Par exemple, une faible valeur d’uniformité indique que la mauvaise herbe pousse en bouquets. Adapté de Ominski et coll. (1999). (voir source 2 à la fin du texte)

Source: Frederick Potvin

  • La culture du foin pérenne donne d’excellents résultats dans la lutte contre :
    • la folle avoine;
    • le chardon des champs;
    • le laiteron des champs.
  • La culture du foin pérenne donne des résultats partiels dans la lutte contre :
    • la sétaire verte;
    • le chiendent.
  • La culture du foin pérenne entraîne une augmentation des populations :
    • de pissenlits;
    • d’espèces fourragères spontanées.
  • Fourrages annuels

« Les cultures fourragères ou d’ensilage annuel permettent également de lutter contre les mauvaises herbes. On a constaté, dans une étude, que les cultures céréalières d’ensilage offraient un moyen de lutte contre la folle avoine comparable à l’utilisation d’herbicides durant la culture contre la folle avoine. Les mélanges de cultures fourragères concurrençant les mauvaises herbes tout au long de la saison présentaient également une moindre quantité de dicotylédones adventices (Schoofs et Entz, 2000). »

Utilisation d’herbicides et autres méthodes de lutte aux mauvaises herbes

L’utilisation d’herbicides peut être le seul recours possible lorsque l’infestation de mauvaises herbes est trop grande. Pour ceux qui effectuent des semis printaniers tardifs, il sera important d’effectuer ceux-ci dans un champ exempt de mauvaises herbes adventices. N’hésitez pas à demander à vos conseillers agricoles, détaillants ou autres représentants pour plus d’informations sur l’utilisation des pesticides en culture fourragères. Vous pouvez aussi consulter la publication 75F du gouvernement de l’Ontario pour l’efficacité des pesticides sur la plupart des mauvaises herbes que vous aurez à détruire si vous faite face à une infestation.

http://www.omafra.gov.on.ca/french/crops/pub75/pub75ch10.pdf

Pratiques culturales ou mécaniques de lutte aux mauvaises herbes

Sans le savoir, à chaque année, les producteurs utilisent une des techniques pour lutter contre les mauvaises herbes présentes dans une prairie établie et je parle ici de la coupe. En effet, si la coupe est planifiée en fonction de diminuer la reproduction des mauvaises herbes, elle peut s’avérer un outil pratique. Ainsi, en coupant la partie reproductrice d’une plante nous empêcherons le développement des graines.

Les mauvaises herbes à feuilles larges annuelles seront plus facile à maîtriser que les graminées car leurs reproductions se produit plus loin du sol que chez les graminées.  Pour les graminées qui se reproduisent par semence, une coupe lorsque l’inflorescence est visible sera plus judicieuse que plus tard lorsque les graines sont présente. Bien sûr, il faut toujours garder en tête notre objectif principal qui est de produire une prairie de qualité donc les stades de coupe doivent toujours coïncider avec les stades de nos cultures principales.

Dans les pâturages lorsque les animaux sont enlevés, on peut utiliser la technique de la coupe afin d’empêcher les mauvaises herbes, qui ont été laissées de côté par les animaux, de se reproduire.

L’utilisation des plantes abris comme les céréales, le trèfle d’Alexandrie sont des options de plus en plus populaire au près des producteurs pour aider à lutter contre les mauvaises herbes tout en ayant une récolte de foin/pailles/grains substantielle l’année de l’implantation. Il faut noter par contre que ces plantes abris peuvent aussi entrer en compétition pour les nutriments et l’eau lors de période de conditions météo difficile.

Le travail du sol ainsi que la technique de faux semi peuvent être des outils à utiliser dans vos planifications d’implantation.

En conclusion, pour s’assurer d’une prairie dense et exempte de mauvaises herbes, il faut planifier à l’avance en incluant notre contrôle des mauvaises herbes dans notre rotation. Il sera ainsi plus facile de prévenir que de guérir. Par contre d’autres techniques s’offrent à vous soit avant le semi ou après le semi.

Source 1 = http://www.lebulletin.com/actualites/les-pissenlits-un-signe-qui-ne-trompe-pas-65478?utm_source=Le+Bulletin&utm_campaign=208116a98c–+2014-05-23&utm_medium=email&utm_term=0_0961ccbe09-208116a98c-87996093

Source 2 = http://www.umanitoba.ca/outreach/naturalagriculture/weed/files/longterm/forages_f.htm

Source 3 = http://www.omafra.gov.on.ca/french/crops/pub811/12crop.htm

Source 4 = http://www.omafra.gov.on.ca/french/crops/pub75/pub75ch10.pdf

Source 5 = http://www.farmwest.com/node/1001

D’ autres ressources intéressantes;

http://extension.psu.edu/pests/weeds/control/weed-management-in-pasture-systems

http://www.omafra.gov.on.ca/french/crops/pub811/12crop.htm

Base de données sur les mauvaises herbes toxiques

http://research.vet.upenn.edu/Default.aspx?alias=research.vet.upenn.edu/poisonousplants

*Texte réalisé en collaboration avec le Conseil québécois des plantes fourragères. Les propos exprimés dans le texte relèvent toutefois de l’auteur et n’engagent pas le CQPF.

à propos de l'auteur

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