Les subventions agricoles, un dossier épineux pour l’administration Bush

Washington (États-Unis), 18 octobre 2001 – La question des subventions agricoles se pose également aux États-Unis où s’affrontent partisans d’une augmentation des aides directes aux agriculteurs et ceux d’un soutien aux prix.

Un soutien aux prix placerait l’administration du président Bush dans une position délicate avant le début en novembre des négociations commerciales multilatérales dans le cadre de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC).

C’est pourtant le chemin que semble prendre la chambre des Représentants américaine, où le camp républicain de George W.Bush est pourtant majoritaire.

Elle vient de voter par 291 voix contre 120 une proposition de loi prévoyant d’accorder près de 175 milliards de dollars de subventions agricoles sur les dix prochaines années.

Au Sénat, qui devra également se prononcer sur cette « Farm Bill » (loi d’orientation agricole), la tendance semble davantage à la réduction des subventions. Le républicain Richard Lugar a déposé mercredi une proposition visant à réduire le montant total des subventions à 75 mds USD sur cinq ans et privilégier les agriculteurs les plus pauvres.

Cette initiative a immédiatement reçu l’appui de l’administration présidentielle. « C’est une législation intelligente qui répond aux principes définis par le président », a affirmé la secrétaire à l’Agriculture Ann Veneman.

Actuellement, 40% des subventions agricoles fédérales vont aux 8% des agriculteurs exploitant les fermes les plus riches et 90% de ces subventions vont aux seuls producteurs de blé, maïs, soja, riz et coton.

La loi proposée par le sénateur Lugar, lui-même agriculteur, prévoit un plafond de revenus annuels de 250.000 dollars pour être éligible aux subventions et transfère le soutien aux produits par un soutien au revenu.

Cette dernière disposition vise à rendre les aides agricoles américaines davantage compatibles avec les règles de l’OMC qui découragent les subventions.

Le Commissaire européen à l’Agriculture, Franz Fischler, a condamné la proposition de loi votée par la Chambre, rappelant que « l’objectif des Etats-Unis, en ce qui concerne les négociations OMC portant sur les aides nationales accordées à l’agriculture, était de réduire substantiellement les mesures internes faussant les échanges ».

C’est un engagement que le Congrès avait pris en 1996, lorsqu’il avait voté une loi agricole visant à réduire de 6 milliards à l’époque à 4 milliards en 2002 le montant des subventions fédérales aux prix agricoles.

Mais les parlementaires n’ont cessé depuis de revenir sur cet engagement, augmentant chaque année cette enveloppe qui atteint maintenant 20 milliards de dollars par an.

« La proposition Lugar a fort peu de chances de passer en l’état », indique-t-on toutefois de source diplomatique européenne à Washington, soulignant le poids du lobby agricole et l’importance des voix de l’Amérique profonde dans l’élection de George W. Bush l’an dernier.

Elle a pourtant reçu le soutien de groupes de défense de l’environnement comme « Environmental Working Group » (EWG) pour qui « elle offre une alternative courageuse à la proposition votée par la Chambre ».

Tout en la poussant en avant, l’administration présidentielle n’entend pas pour autant voir le dossier des subventions agricoles empoisonner l’atmosphère politique.

« L’administration pense qu’il n’est ni nécessaire ni sage de faire passer une législation agricole en ces temps de guerre et d’urgence nationale », a affirmé Ann Veneman.

Source : AFP

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