L’Europe adopte une réforme de la PAC

Luxembourg (France), 27 juin 2003 – Les ministres de l’Agriculture de l’UE ont approuvé à Luxembourg, à l’issue de trois rounds de négociations particulièrement difficiles, une réforme « historique » de la politique agricole commune (PAC).

« Il s’agit d’une décision historique pour l’avenir de l’agriculture et des agriculteurs européens, qui renforce la position de l’UE dans les difficiles négociations » à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en septembre à Cancun (Mexique), a déclaré le ministre grec de l’Agriculture, Georgios Drys, dont le pays assure jusqu’à la fin du mois la présidence de l’UE.

L’UE renonce à « un système ancien qui entraînait en partie des distorsions de concurrence et qui était en butte à de vives critiques des pays en développement », a de son côté souligné le commissaire européen à l’Agriculture, Franz Fischler, qui avait mis la pression pour boucler la réforme en vue de l’échéance de Cancun.

La réforme de la PAC, une politique qui avec environ 43 milliards d’euros représente à elle seule près de la moitié du budget communautaire, a été adoptée « à une très large majorité », a affirmé M. Drys, précisant que seul le Portugal avait émis des objections. Enclenchée dès juillet 2002 par le commissaire Fischler, la réforme doit permettre de passer d’un modèle d’agriculture « productiviste » à une approche plus écologique et qualitative.

Elle met en place un système de paiement direct unique aux exploitations, et conditionne l’octroi des aides à certains critères environnementaux et de sécurité alimentaire.

L’idée est notamment de couper largement, dès 2005, le lien entre les aides directes versées aux agriculteurs et le niveau de leur production (« découplage ») et de réorienter une partie de ces aides vers le développement rural. Le compromis auquel sont arrivés les ministres et la Commission définit un nouveau cadre pour l’agriculture européenne jusqu’en 2013.

Il prévoit notamment un découplage à hauteur d’au moins 75% des sommes versées dans le secteur des céréales. Les modalités de ce découplage, longtemps contestées par plusieurs pays emmenés par la France et l’Espagne, ont été au centre des débats jusqu’à la fin des négociations. Le commissaire Fischler prônait à l’origine un découplage total, ce que refusait vigoureusement Paris.

Pour remporter l’adhésion des Quinze, le commissaire a aussi dû renoncer à la réduction des prix d’intervention sur les céréales à partir desquels l’UE soutient les agriculteurs en cas de baisse des cours. La baisse des prix d’intervention sur les produits laitiers a en revanche été maintenue. Pour le beurre, elle sera au total de 25% sur quatre ans, de 2004 à 2007.

Plusieurs pays contestaient l’opportunité de ces révisions de prix, pourtant présentées comme indispensables par la Commission, qui mentionne régulièrement les « montagnes de beurre » qui s’accumulent en Europe.

Le ministre français de l’Agriculture, Hervé Gaymard, a estimé que la France, premier pays bénéficiaire de la PAC, avait obtenu « satisfaction sur tous les objectifs » qui étaient les siens. « Compte tenu de la diversité des intérêts en cause, compte tenu de la dureté des propositions initiales de la Commission, et de certains de nos partenaires Etats membres (…), je pense très honnêtement que ce compromis peut légitimement nous donner satisfaction », a déclaré le ministre.

Même satisfaction du côté de l’Allemagne, à l’origine plutôt favorable à la réforme mais qui avait fini par soutenir la France, ainsi que de la Grande-Bretagne, l’un des principaux alliés de M. Fischler sur ce dossier. « Je pense que non seulement les agriculteurs allemands pourront vivre avec ce compromis, mais qu’il les met sur la bonne voie », a déclaré la ministre allemande, Renate Kuenast. La ministre britannique, Margarett Beckett, a pour sa part estimé que l’accord obtenu jeudi entraînait ce que « nous voulions: un réel changement ».

Source : AFP

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