L’UPA dénonce le désengagement d’Ottawa en agriculture

Québec (Québec), 11 avril 2005 – « Comment les agriculteurs canadiens peuvent-ils concurrencer sur un pied d’égalité avec leurs voisins du Sud, alors que le Canada soutient deux fois moins son agriculture que les États-Unis. Pas étonnant que les crises du revenu agricole se succèdent les unes après les autres! »

C’est en ces termes que le président de l’Union des producteurs agricoles (UPA), M. Laurent Pellerin, s’est adressé aujourd’hui à Québec aux membres du Sous comité sur le déséquilibre fiscal de la Chambre des communes.

« Pour nous, le déséquilibre fiscal au Canada, il est aussi réel et bien tangible en agriculture », de déclarer le président de l’UPA. Il poursuit en rappelant que « les provinces disposent de revenus nettement insuffisants pour s’acquitter de leurs responsabilités dans leurs champs de compétence et, à l’inverse, le gouvernement fédéral jouit de surplus imposants pour financer ses propres sphères d’intervention. Il est clair qu’Ottawa comprend difficilement le rôle qu’il devrait jouer pour soutenir les agriculteurs canadiens et les aider à rivaliser avec les producteurs d’autres pays ».

L’UPA déplore la baisse des dépenses fédérales de soutien au secteur agroalimentaire par rapport aux recettes monétaires, qui ont chuté de 42 % entre la décennie 1984-1994 et celle de 1994-2004. Pour compenser ce désengagement, les provinces ont dû augmenter leur part des dépenses totales de soutien en agriculture, lesquelles représentaient en moyenne 38 % durant les années 1984-1994 et qui ont grimpé à 43 % pour la décennie suivante, soit une augmentation de 13 %. Malgré le recul d’Ottawa, les programmes fédéraux ont de plus en plus tendance à s’immiscer dans les affaires des provinces. Le Cadre stratégique agricole, rentré de force dans la gorge de la majorité des provinces, en est un exemple éloquent. De plus, les provinces ont de plus en plus de difficulté à livrer leur part (60/40) dans des programmes décidés par le gouvernement central.

Des chiffres révélateurs
Sur une période de plus de quinze ans, le soutien à l’agriculture par habitant a décru de 25 % au Canada, tandis qu’il s’est accru de 75 % à l’Union européenne, de 31 % aux États-Unis et de 14 % au Japon. Ainsi, le Canada offrait en 2002 un soutien de 124 $ US par habitant, soit un peu moins de la moitié du montant enregistré aux États-Unis (263 $ US) et moindre que celui versé par l’Union européenne (149 $ US) et le Japon (127 $ US). Cette diminution du financement de l’État est d’autant plus dommageable dans un contexte de chute progressive des revenus agricoles au Canada alors que, au même moment, le revenu net total agricole aux États-Unis, notre plus sérieux compétiteur, augmente au même rythme. Dans les faits, le Canada subit une perte annuelle structurelle équivalant à 117 M$ CA tandis que nos voisins réalisent un gain de 881 M$ US.

« L’agriculture est un domaine de compétence partagée entre les gouvernements fédéral et provinciaux. Nous croyons fermement qu’Ottawa a non seulement les moyens mais le devoir, la responsabilité d’y accroître ses dépenses, tout en accordant la flexibilité réclamée haut et fort par les provinces. Le désengagement de l’État en agriculture est avant tout le résultat d’une incompréhension confondante de la primauté de ce domaine d’activité pour une nation. D’autant plus que le gouvernement fédéral dispose d’une importante marge de manoeuvre financière en raison des surplus liés au déséquilibre fiscal. Il est temps de redresser la situation, car c’est l’avenir de l’agriculture du Canada et du Québec qui est en jeu », de conclure M. Pellerin.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Agriculture Canada
http://Aceis.AGR.CA/

Union des producteurs agricoles (UPA)
http://www.upa.qc.ca/

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