L’urbanisation continue de grignoter le territoire français

Paris (France), 13 avril 2005 – L’engouement des Français pour la maison individuelle a un prix: l’étalement urbain grignote inexorablement le territoire, selon les photos satellites du programme européen Corine Land Cover, traitées et publiées par l’Institut français de l’environnement (Ifen).

Entre 1990 et 2000, l’artificialisation des sols (urbanisation, transports) a progressé de 4,8% en France. L’urbanisation occupe désormais près de 5% du territoire. « Cela peut sembler modeste, mais le phénomène est concentré sur certaines parties du territoire », note Bruno Tregouët, directeur de l’Ifen.

Sur la carte, les petits points rouges des zones fraîchement urbanisées se serrent le long des côtes et des axes de transport. De véritables « corridors urbains » suivent la ligne du TGV Nord (entré en service en 1994), la vallée du Rhône (TGV Sud-Est, autoroute du soleil), ou l’axe Laval-Rennes.

La pression urbaine s’accroît sur le littoral, déjà très densément peuplé, notamment en Bretagne et sur la côte méditerrannéenne. Faute d’espace disponible en bord de mer, les habitations grignotent désormais l’arrière pays. L’habitat dispersé, très gourmand en espace, gagne du terrain.

Encore le phénomène est-il largement sous-estimé: le programme Corine Land Cover est « myope », et ne prend en compte que les surfaces supérieures à 25 hectares (500 m de coté), a remarqué Francis Bertrand, responsable du projet pour la France. La maison secondaire isolée dans l’arrière pays risque d’apparaître dans l’étude comme de l’habitat « rural ».

La « photographie » de la France en 2000 révèle 4,8% de sols « artificialisés », 59% de terres agricoles, un quart de forêts, et 10% de zones humides et milieux aquatiques. L’urbanisation s’est accrue en dix ans au détriment des prairies (-0,8%) et des bocages (-0,7%) particulièrement précieux pour la diversité de la faune et de la flore, selon les scientifiques.

Selon l’Ifen, « le maintien de la biodiversité, la qualité des paysages périurbains, la préservation des milieux fragiles sont en jeu ». L’homme est plus vulnérable aux risques naturels: on a trop construit en zone inondable, les sols imperméabilisés (routes, parkings) favorisent le ruissellement rapide des eaux lors des orages et des crues, et accroissent le risque d’inondation.

L’eau se charge en ville de pollutions (hydrocarbures etc.) qui contaminent rivières et nappes. La construction de routes fragmente les espaces naturels, formant des barrières à la circulation des animaux.

Le grignotage de l’urbanisation est généralement définitif : « l’artificialisation est souvent une transformation irréversible des sols, leur reconquête par l’agriculture ou la végétation naturelle est très marginale », note l’Ifen.

L’Europe a lancé cet inventaire en 1985 pour guider ses politiques en matière d’agriculture ou d’environnement. En France, les données devraient inciter à mieux protéger le littoral, très convoité. La Loi littoral de 1986, qui limite les constructions, est régulièrement l’objet de tentatives d’assouplissement de la part des parlementaires, comme lors du vote en début d’année de la loi sur le développement des territoires ruraux.

Les côtes françaises abritent déjà une densité de population deux fois et demie supérieure à celle du reste du pays. Elles devraient accueillir 3,4 millions d’habitants supplémentaires d’ici 2030, selon la Datar (délégation à l’aménagement du territoire).

Source : AFP

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