Message de Clément Pouliot

Sainte-Claire de Bellechasse (Québec), 15 juin 2003 – Lors de la dernière assemblée générale annuelle, tenue les 12 et 13 juin 2003, certains délégués ont délibérément décidé de me limoger sur la base d’un nouveau mode électoral. Leur agenda : revendiquer pour servir leurs intérêts de producteurs et productrices de porcs et mettre le pied sur le frein.

Je ne peux m’empêcher de qualifier ce geste d’extrêmement malhabile dans un contexte où le secteur porcin n’a d’autre alternative que de relever de grands défis, comme celui de l’agroenvironnement, de la qualité et, non le moindre, celui de la cohabitation.

Dans mon allocution d’ouverture d’assemblée, j’ai mentionné ces enjeux unà un et je les ai décrits comme étant des éléments que nous pourrions surmonter en travaillant fort, mais surtout en créant des alliancesélargies entre nous, avec les autres productions, avec les autres provinces, avecla filière, notamment nos acheteurs, et, finalement, avec d’autres pays producteurs. J’ajouterais à la liste le gouvernement, car sans le soutiende cet acteur d’importance ce serait difficile. Cependant, tout le monde le sait, le gouvernement exigera de nous d’établir notre crédibilité hors de tout doute, sans quoi, politiquement, il n’aura aucun intérêt à travailler avec nous. Mes priorités en tant que président ont toujours porté sur le fait de joindre le geste à la parole, seule façon d’établir notre véritable crédibilité.

Dans mon dernier éditorial publié dans le magazine Porc Québec, je mentionne que nous avons toujours eu besoin de la société québécoise pour développer notre production. Nous en avons encore besoin. Ce n’est sûrement pas par la voie de la revendication que nous allons obtenir son appui, au contraire. Encore moins dans le contexte actuel où nous sommes vus comme les pariasde l’agriculture québécoise. J’en reviens aux 4 C : Communication, Connaissance, Concertation et Consensus. Cette séquence logique peut difficilement être bousculée.

Je persiste à croire que le geste qu’un certain nombre de délégués a poséle 13 juin dernier est irréfléchi et manque de vision stratégique à moyen et long terme. À preuve, dans le cadre de l’assemblée, aucun enjeu majeur auquel nous devons faire face n’a été discuté. En aucun moment, lesdélégués ont parlé de la mise en oeuvre des chantiers que nous proposons dans notre mémoire, pourtant un mémoire qui a été bâti en consultation avec les membres du conseil d’administration élargi, les délégués et l’ensemble des producteurs. Les 4 chantiers, assortis de plus de 60 propositions concrètes, que nous avons exposés à la Commission sur le développement durable de la production porcine le 15 avril dernier, représentent, à mon avis, les assises de notre avenir, de notre survie. Dans ce contexte, je ne pourrais qu’être en accord avec la poursuite du moratoire, car, je doute que les nouveaux dirigeants donnent suite au mémoire et qu’ils aient la maturité requise pour développer la production porcine québécoise de façon durable.

Je ne veux pas être prophète de malheur, mais les ingrédients ne semblent plus être là pour nous permettre d’avancer. Nous allons tout probablement piétiner, nous allons tout possiblement reculer, et l’ensemble du secteur porcin s’en ressentira.

J’ai toujours tenté, en tant que premier élu de la Fédération, d’exercerun leadership de concertation et de réconciliation. De gros dossiers ont été mis en oeuvre et ont progressé. Je pense au plan agroenvironnemental, au programme québécois d’assurance de la qualité, au développement de la génétique et au plan de valorisation de la profession. Des crises majeuresont aussi été traversées : la crise économique de 1998, Bacon, le film,les fluctuations du prix du porc, le BAPE. J’ai toujours défendu ardemment la mise en marché collective, notre principal outil de développement. J’ai aussi négocié deux conventions avec nos acheteurs qui ont laissé place au développement et à la compétitivité. En 6 ans, durée de mon mandat, que d’événements, sans oublier, notre grande visibilité médiatique presque quotidienne. Depuis 1997, on ne peut passer sous silence que le volume de production est passé de 6 à 7,2 millions de têtes annuellement.

J’y reviens à nouveau, l’avenir de notre production ne peut se dessinerque sur la base de la crédibilité et de la confiance. Est-ce que la nouvelle direction connaît la portée de ces mots ? Peut-elle les assumer ? Permettez-moi encore une fois d’en douter. Tout au cours de mon mandat,j’ai bâti des relations solides avec plusieurs intervenants. Jour après jour, j’ai posé une à une les pièces de l’excellence et de la réconciliation. Jepars la tête haute avec la satisfaction du travail accompli. J’aurais, toutefois, souhaité pousser plus loin mes efforts pour m’assurer que tous les engrenages soient bien en place. Certains en ont décidé autrement.

J’ai toujours fortement suggéré d’utiliser à sa pleine valeur notre plan conjoint pour nous doter de services collectifs qui puissent nous soutenirafin de nous adapter. Je suis conscient que les temps ne sont pas facileset que les revenus des producteurs agricoles ne sont loin d’être à la hausse,au contraire. Par contre, je l’ai constamment dit, nous avons un moyen extraordinaire à notre portée. Chaque sous investi par le biais de notre système collectif nous revient systématiquement majoré. Le retour sur nos investissements par nos prélevés est incontestable et ne peut que nous supporter à faire face à l’avenir.

Je ne vous cacherai pas que j’ai déjà reçu plusieurs témoignages de consternation émanant de tous les milieux. Beaucoup croyaient que j’étais l’homme de la situation et me voyaient comme un bon ambassadeur du monde porcin. Ils se posent maintenant plusieurs questions sur les orientationsde la nouvelle direction et des répercussions éventuelles. L’inquiétude est palpable.

Comme bien d’autres, je suis inquiet, très inquiet. Par ailleurs, mêmeaprès 25 ans de vie syndicale, je souhaite continuer de défendre la production porcine québécoise et l’agriculture dans son ensemble, de manière ouverteet transparente, en constructeur et en rassembleur. Malgré les nombreuses préoccupations qui m’habitent en ce moment, je demeure confiant que lesens commun reprenne un jour le dessus. Je suis un optimiste de nature.

Clément Pouliot

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Le Porc du Québec
http://www.leporcduquebec.qc.ca/

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