Paille transformée en papier

Un jour, la matière première pour produire du papier ne proviendra plus de la forêt, mais plutôt de nos champs. La faisabilité technique en a été démontrée cette semaine, avec une première nord-américaine : la publication d’un livre imprimé sur du papier en partie fait de résidus agricoles.

La romancière canadienne de renom Margaret Atwood vient de publier son plus récent ouvrage en édition limitée, imprimé sur le papier Seconde récolte, développé en partenariat avec la multinationale québécoise Cascades.

La pâte utilisée pour ce papier contient 27 % de paille de blé, 9 % de paille de lin et plus de 64 % de fibre de bois recyclées postconsommation. La pâte de blé provient de la Chine, tandis que la pâte de lin provient d’un laboratoire en Alberta.

Selon Julie Loyer, porte-parole chez Cascades, la preuve est maintenant faite qu’on peut produire du papier à partir de résidus agricoles, avec un résultat d’une telle qualité qu’on ne peut le distinguer visuellement du papier recyclé.

« Nous travaillons sur des tests depuis une dizaine d’année, dit Julie Loyer. La problématique principale est la transformation de la paille en pâte à papier. Les fibres dans la paille sont plus rigides (que celles du papier à recycler). »

Écologiser le papier
La publication de ce premier livre est l’un des projets de l’organisme Canopée, qui cherche entre autres à « écologiser le papier » pour réduire l’abatage d’arbres dans les forets de la planète.

« Il y a suffisamment de résidus de paille en Amérique du Nord afin d’éviter d’abattre plus de 800 millions d’arbres par année et Canopée a déjà déterminé que la demande pour ce papier permettrait à quatre usines de pâte à papier de fonctionner à plein temps », indique dans un communiqué Nicole Rycroft, directrice générale chez Canopée.

Malgré sa spécialité en production de pâte à papier à partir de matériaux recyclés, Cascades n’a pas l’intention de produire elle-même une pâte à partir de résidus agricoles. « Cela demande des machines très différentes », affirme Julie Loyer.

Des projets pour la production de pâte de paille de blé font actuellement l’objet de discussions avec d’éventuels partenaires. La production serait située près de l’approvisionnement en paille ou prêt d’une usine de papier. Vu le déclin de la production de blé au Québec et la forte demande pour la paille comme litière, la pâte serait vraisemblablement produite dans l’Ouest canadien ou dans le Midwest américain.

à propos de l'auteur

André Dumont's recent articles

Commentaires