Pologne : les agriculteurs font figure de nouveaux pauvres

Pologne, 20 novembre 2002 – « Grands gagnants du régime communiste » avec des ressources très supérieures à celle des ouvriers, les agriculteurs polonais ont vu leur situation s’inverser ces dix dernières années au fil de la montée en puissance de l’économie de marché. Le revenu mensuel disponible par exploitant n’est aujourd’hui que de 115 euros par mois, alors que celui des salariés est de 160 euros soit un différentiel de 40%, selon L. Podkaminer, économiste à l’Institut Viennois. Cette disparité très récente (1995) résulte pour l’essentiel du ciseau des prix : les prix agricoles ont augmenté de 30% sur cette période, tandis que les charges ont progressé de 70%.

Les paysans refusent de réduire leur production

Très lourdement endettés aujourd’hui, les exploitants agricoles polonais ont encore un long chemin à parcourir. Même s’ils ont fourni un gros effort de mécanisation, il reste beaucoup à faire. La surface moyenne des fermes est dérisoire : 8 hectares contre 45 hectares dans les pays de l’Union européenne. 25% des agriculteurs ont moins de 2 hectares ! C’est affirme, M. Podkaminer, la rançon de la non-collectivisation des terres, propriétés privées à 80% en 1989 à la fin de l’ère communiste. Le drame de la Pologne est qu’un cinquième de sa population vit peu ou prou de l’agriculture. Très demandeurs de l’adhésion à l’Union européenne, les Polonais s’interrogent aujourd’hui sur la réalité des bénéfices de cette opération. Ils ne comprennent pas que les Quinze leur imposent des quotas laitiers, qui les obligeront à importer du lait pour couvrir leurs besoins, alors qu’ils ont les moyens d’y répondre. Ils ne comprennent pas plus le contingentement de la production céréalière. Quant à imposer des pommes de terre allemande dans le pays où elles sont aux habitants ce que le riz est aux Chinois, c’est plus que les paysans ne peuvent admettre. Les dirigeants polonais le savent et veulent encore convaincre Bruxelles de préserver leur potentiel de production. D’autant qu’avec 18% de chômeurs en ville, et une progression défavorable de l’emploi, ils ne voient pas comment reconvertir les agriculteurs et agitent la menace d’une montée des partis eurosceptiques ou d’une cristallisation des populismes lors du vote sur l’entrée dans l’UE.

Source : Les Échos

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