Projet de loi 34 : une réforme qui n’a rien pour rassurer le monde agricole et forestier

Québec (Québec), 9 décembre 2003 – L’Union des producteurs agricoles (UPA) s’élève contre le projet de loi 34 sur le nouveau ministère du Développement économique et régional, qui prévoit la disparition des actuels conseils régionaux de développement (CRD) pour les remplacer par des conférences régionales des élus (CRE), composées essentiellement d’édiles municipaux.

À l’instar de nombreux partenaires socio-économiques régionaux, les représentants des secteurs agricoles et forestiers dénoncent le fait d’être écartés des structures décisionnelles locales et régionales de développement ou de n’y jouer, à l’avenir, qu’un simple rôle de figurants. Les nouvelles CRE seront en effet composées aux deux tiers par des élus municipaux et ce sont eux qui décideront des membres qui pourront s’y ajouter, de leur provenance, de la durée de leur mandat et s’ils auront droit de vote ou non.

Aux yeux de l’UPA, ce projet de loi constitue un net recul quant au rôle de partenaires que jouent, historiquement, les milieux agricoles et forestiers ainsi que l’ensemble des acteurs socio-économiques des régions dans le développement régional. Quelle voix auront les agriculteurs et les producteurs forestiers dans ces CRE, dont le secteur d’activité joue un rôle de premier plan dans l’économie régionale?

Rappelons qu’au Québec, en plus d’être des acteurs majeurs dans l’occupation du territoire, les 44 000 producteurs et productrices agricoles québécois investissent bon an mal an plus de 500 millions de dollars dans l’économie. De leur côté, les producteurs de bois récoltent annuellement de la matière ligneuse pour une valeur de quelque 570 millions.

Avec une telle solution, estime l’UPA, le gouvernement brise en outre la synergie de concertation et de développement qui s’est implantée avec succès dans les régions au fil du temps, et ce, au bénéfice des communautés rurales. Cette concentration des pouvoirs aux mains d’un seul groupe laisse planer le spectre d’une politisation des enjeux de développement en plus de priver les régions d’une expertise et d’un savoir-faire à la base de la vitalité des collectivités locales et régionales.

L’UPA en a, par ailleurs, contre l’absence complète de consultation sur le projet de loi 34. En plus de faire fi des consensus et des réalisations obtenus, le gouvernement s’apprête à chambouler complètement des structures bien établies sans même prendre le temps de consulter et d’entendre les intervenants de premier plan. Une commission parlementaire s’impose sans plus attendre, où se doivent d’être conviés le monde agricole et forestier de même que les autres partenaires socio-économiques du développement régional.

Un autre sujet d’appréhension réside dans le fait que les nouvelles entités seront principalement composées d’un préfet de MRC et des maires des municipalités de plus de 100 000 habitants ou des maires des villes centres. Là encore, il est difficile de voir comment pourra se faire entendre non seulement la voix des secteurs agricoles et forestiers, mais celles des petites communautés locales.

Finalement, l’UPA a tenu à faire savoir qu’elle éprouve un profond malaise quant à la façon de faire du gouvernement dans ce dossier, une manière qui se dessine de plus en plus comme sa marque de commerce. Quelle est la vision de Québec derrière cette modification de structures, les objectifs véritables? Pourquoi évincer autant d’acteurs socio-économiques? Où est l’urgence de procéder? Comment, enfin, peut-on justifier l’absence de consultation sur un sujet aussi important? Beaucoup de questions et une seule réponse, celle d’un engagement électoral… qui est loin de faire l’unanimité.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Union des producteurs agricoles (UPA)
http://www.upa.qc.ca/

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