Qualité de l’eau au Québec : les agronomes sont optimistes

Shawinigan (Québec), 9 juin 2001 – C’est le 9 juin qu’à pris fin, à Shawinigan, la 64e édition du congrès de l’Ordre des agronomes du Québec qui s’est déroulé sous le thème « L’agronome, gardien de la ressource eau ». Quelque 300 agronomes de tous les coins du Québec ont participé à cet événement qui leur a donné l’occasion de faire le point sur la situation et de discuter des solutions possibles pour favoriser la préservation de la ressource eau. La journée du 8 juin, ponctuée de plusieurs conférences, leur a permis de mieux définir leur rôle dans la protection de cette ressource vitale pour le bien-être de la société.

« Depuis toujours, l’Ordre des agronomes s’implique activement dans la protection de la ressource eau, a indiqué Claire Bolduc, agr., présidente de l’Ordre. Nous avons fait connaître notre position et nos recommandations par le biais de différents mémoires sur la qualité et la gestion de l’eau, nous avons aussi participé à plusieurs comités consultatifs reliés à la protection de l’eau via la réduction de la pollution d’origine agricole et nous avons voulu nous investir davantage en consacrant le congrès à cette problématique. »

La ressource eau est en abondance au Québec. Si l’eau est si abondante, pourquoi donc fait-elle continuellement la manchette depuis quelques années et de façon plus alarmante ces derniers temps? D’une part, c’est que les Québécois n’ont jamais été confrontés à une réelle pénurie d’eau et donc, ils en gaspillent, pensant qu’il s’agit d’une ressource inépuisable. En fait, selon les statistiques d’Environnement Canada, le Canada présente la deuxième plus forte consommation d’eau par personne, immédiatement après les États-Unis. D’autre part, c’est qu’abondance ne rime pas nécessairement avec qualité.

L’agriculture est-elle seule responsable?
Selon André Delisle, communicateur scientifique et conseiller en environnement chez Transfert Environnement, « la qualité générale de l’eau au Québec se compare avantageusement à celle des autres pays industrialisés et cela est dû, en grande partie, au fait que la majorité des causes de pollution ont été prises en charge. Cependant, il subsiste deux aspects fort préoccupants au coeur des débats actuels sur l’utilisation de l’eau au Québec : la pollution agricole et la qualité des eaux souterraines ». M. Delisle a indiqué que les diagnostics de qualité des rivières effectués par le ministère de l’Environnement du Québec font ressortir des apports excessifs de substances nutritives et de matières particulaires provenant d’exploitations agricoles. « L’utilisation de fortes quantités d’engrais minéraux, les surplus d’engrais de ferme, dont ceux découlant d’un développement accéléré de l’industrie porcine, et les apports d’humus par érosion des sols sont parmi les sources de dégradation de l’eau par l’agriculture. Sur les quelque 100 000 tonnes d’azote utilisées sur les fermes, 46 % est perdu dans l’environnement », a-t-il ajouté.

« Il y a eu une prise de conscience collective en ce qui concerne la pollution de l’eau, a souligné Claire Bolduc, mais il reste encore beaucoup de travail à faire, car la pollution diffuse est un phénomène complexe qui nécessite une stratégie globale et des actions concertées. Les agronomes se sentent concernés par la question de l’eau et veulent accentuer leur partenariat avec les producteurs agricoles. Ensemble, les agronomes et les producteurs peuvent trouver des solutions réalisables pour assurer la protection des eaux rurales et municipales. »

Camille Genest, commissaire-enquêteur, venu présenter les conclusions du Rapport de la Commission sur la gestion de l’eau à l’égard de l’agriculture, a mentionné que « les pratiques actuelles de l’agriculture industrielle mériteraient d’être revues afin d’en éliminer les dépenses inutiles. L’arrosage des pesticides en bande réduirait de 50 % l’usage des herbicides par les entreprises agricoles. Même si cette méthode d’arrosage permet des rendements égaux ou supérieurs à l’arrosage traditionnel, peu de producteurs agricoles l’adoptent ».

Pour sa part, Georges Gangbazo, analyste de la qualité de l’eau à la direction du suivi de l’état de l’environnement au ministère de l’Environnement du Québec a relaté que « des études suggèrent que la densité animale et les cultures intensives sont les utilisations du territoire qui influencent le plus la qualité de l’eau dans les bassins versants. Par conséquent, ces utilisations du territoire devraient être ciblées et considérées en priorité dans toute intervention visant à contrer la pollution de l’eau des rivières ».

Les nappes souterraines : fragiles?
La fragilité des nappes d’eau souterraines constitue le deuxième sujet de préoccupation environnementale relative à la qualité de l’eau. Le développement accéléré de l’industrie de l’eau embouteillée s’appuyant sur les exportations, combiné aux besoins accrus de l’agriculture et de la pisciculture, font subir aux réserves québécoises d’eaux souterraines une pression nouvelle.

« À l’exception de certains cas identifiés et localisés, l’intégrité des eaux souterraines du Québec a été préservée. Cependant, on semble craindre, à raison, la surexploitation et la contamination éventuelle des eaux souterraines. Loin d’un constat alarmiste à ce sujet, on identifie plutôt certaines activités humaines, telle l’agriculture, comme des facteurs de risque pour l’intégrité de la ressource », a spécifié la présidente de l’Ordre en ajoutant que l’eau souterraine fait déjà l’objet de préoccupations dans plusieurs lois et règlements issus de diverses instances municipales, régionales (MRC), provinciale et fédérale. « Toutefois, il semble qu’une révision de toute cette réglementation s’impose pour atteindre les objectifs de protection et de conservation. »

Les eaux municipales, une préoccupation grandissante
Les incidents survenus à Walkerton en Ontario l’année dernière et plus récemment à North Battelford en Saskatchewan ont eu pour effet d’éveiller les municipalités et leurs citoyens à certains risques potentiels de contamination de l’eau sur leur territoire.

« Au cours des prochaines années, le dossier de la gestion des eaux en milieu municipal sera une préoccupation majeure des dirigeants municipaux étant donné l’intérêt que porteront les citoyens à l’eau qu’ils consomment », a mentionné Hugues Groleau, agr., consultant pour la firme Écosphère, lors de son exposé. Selon lui, certaines municipalités ont déjà prévu des périmètres de protection en périphérie des sources d’approvisionnement municipales. Ces zones pourront varier en dimension, en fonction des paramètres physiques et environnementaux qui entourent le lieu d’approvisionnement tels le type de sol, l’influence du pompage sur la nappe phréatique, les activités humaines, telles que l’agriculture, les activités récréotouristiques ainsi que la présence de résidences isolées possédant des champs d’épuration individuels. « L’établissement de ces périmètres de protection doit faire appel à une expertise agronomique afin de définir, en collaboration avec les autorités municipales et les autres professionnels interpellés, les mesures à instaurer qui permettront d’assurer un approvisionnement en eau de qualité aux citoyens », a poursuivit M. Groleau.

La gestion intégrée par bassin versant pour une participation active de tous les utilisateurs
Lors de leur exposé sur l’approche par bassins versants, Pierre Baril, agr., vice-président recherche et développement au Centre de recherche industrielle du Québec, et Stéphane Gariépy, du MENV, ont mentionné que « l’état de dégradation des cours d’eau en milieu agricole commande que des réaménagements majeurs dans les systèmes de production agricole soient entrepris afin d’espérer une récupération d’usages autres que comme aquifères récepteurs de rejets. Beaucoup d’éléments techniques et de gestion sont connus, sauf dans le cas du traitement des déjections animales, et ce n’est que par la volonté des politiciens, des opérateurs économiques, de même que celle des producteurs agricoles qu’il sera possible de réaliser ces réaménagements. »

« Le nombre d’intervenants dans le domaine de la gestion de l’eau et les multiples interventions requièrent la mise en place d’un outil de planification approprié », a déclaré Claire Bolduc. Dans le rapport présenté à la Commission sur la gestion de l’eau, l’Ordre recommande d’implanter un cadre de gestion par bassin versant, mécanisme permettant de saisir la dynamique de l’eau dans son ensemble. « En fait, le bassin versant est le dénominateur commun naturel à partir duquel la collecte de données peut s’intégrer pour offrir une compréhension harmonieuse de l’état de la ressource. La gestion intégrée par bassin versant amènera une participation active de tous les utilisateurs de la ressource et les responsabilisera », a conclu la présidente de l’Ordre.

L’Ordre des agronomes, au service du public
L’Ordre des agronomes du Québec, ordre professionnel constitué en vertu de la Loi sur les agronomes et régi par le Code des professions, a pour mandat d’assurer la protection du public en garantissant la qualité des services professionnels offerts dans son champ d’expertise. L’Ordre des agronomes compte quelque 3000 membres oeuvrant dans tous les secteurs de l’industrie agroalimentaire, tant au chapitre de l’agroenvironnement, de la production, de la recherche que de la transformation et de la mise en marché.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Centre de recherche industrielle du Québec (CRIQ)

http://www.criq.qc.ca/

Environnement Canada

http://www.ec.gc.ca/

Ministère de l’Environnement du Québec

http://www.menv.gouv.qc.ca

Ordre des agronomes du Québec

http://www.oaq.qc.ca/

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