Quand les temps sont durs, le fédéral est mou

Ottawa (Ontario), 23 mai 2001 – Des commentaires récents du ministre des Ressources naturelles du Canada, Ralph Goodale, confirment ce que les agriculteurs canadiens soupçonnent depuis longtemps, à savoir, que le gouvernement fédéral déposerait les armes plutôt que de lutter pour appuyer l’agriculture canadienne dans les marchés internationaux. En manchette du National Post d’aujourd’hui, M. Goodale admet que les producteurs de blé du Canada se font rentrer dedans par les subventions américaines et européennes qui faussent le commerce. Sa recommandation? Les agriculteurs canadiens devraient renoncer à la culture du blé.

« C’est un aveu d’échec pur et simple », estime Bob Friesen, président de la Fédération canadienne de l’agriculture. « Un ministre admet que, lorsqu’il est question de défendre les intérêts du Canada dans les marchés internationaux par le libre-échange, son gouvernement a échoué. »

En insinuant que les producteurs devraient abandonner le blé au profit d’autres cultures, le ministre Goodale mine aussi le travail d’un de ses collègues du Cabinet, ajoute M. Friesen: « Le ministre de l’Agriculture, Lyle Vanclief, a travaillé pour élaborer des politiques agricoles en vue de créer un cadre propice aux producteurs de blé. Le ministre Goodale annihilerait tout ce travail au profit de solutions qui permettent au gouvernement de se laver les mains de toute responsabilité. »

M. Friesen signale qu’il y a de nombreuses failles dans la « solution » préconisée par M. Goodale pour économiser l’argent du contribuable et sauver les fermes familiales. Premièrement, il n’y a pas d’excédent temporaire de blé. En fait, les ratios stocks/consommation sont à leur plus bas et les niveaux de production prévus devraient encore une fois être inférieurs à la demande. Deuxièmement, si tous les producteurs de blé se lançaient soudain dans d’autres cultures ou dans l’élevage, a-t-on réfléchi aux implications que ce changement d’activité aurait sur la part de marché actuelle des autres denrées? Troisièmement, la diversification prend du temps. Elle ne se fait pas « en criant ciseau » et c’est maintenant que les producteurs de céréales subissent les contrecoups des subventions étrangères.

« La diversification des cultures exige un investissement massif de capitaux. Si le gouvernement veut que les agriculteurs se diversifient, il doit les aider à amorcer le virage, soutient M. Friesen. Ce n’est pas à coup de dollars dans la technologie de l’information et la recherche qu’on aidera l’agriculteur de la Saskatchewan à délaisser le blé pour l’élevage des bovins. »

Les agriculteurs canadiens ont raison de se montrer cyniques face à la solution miracle de la diversification des cultures. M. Friesen se demande pourquoi nous devrions prendre des risques en répondant à l’appel du gouvernement à la diversification. « Si on se fie à M. Goodale, le gouvernement canadien a essentiellement autorisé les États-Unis à acheter notre industrie céréalière en versant des subventions colossales à leurs producteurs », conclut-il. « Nous venons aussi d’être témoins des effets dévastateurs de la récente interruption des échanges commerciaux entre les É.-U. et l’industrie de la pomme de terre de l’île du Prince-Édouard. Les É.-U. ont non seulement fermé leur frontière à nos produits, mais ils sont allés jusqu’à nous dicter les pratiques que nous devrions appliquer à l’intérieur de notre pays, fait remarquer M. Friesen. Que se passera-t-il ensuite quand nous diversifierons nos cultures et qu’un autre pays finira inévitablement par entrer dans ce secteur et nous couper l’herbe sous le pied encore une fois à coup de subventions massives? Que dira alors le gouvernement à l’industrie? Laissera-t-il ce secteur se faire acheter lui aussi? »

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Agriculture Canada

http://Aceis.AGR.CA/

Fédération Canadienne de l’agriculture

http://www.cfa-fca.ca/

Ressources naturelles Canada

http://www.rncan.gc.ca/

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